"Quel est le travail de uke... ?"
A cette question qu'un pratiquant du club me pose, je réponds ce qui suit. Mais peut-être un autre jour aurais-je répondu un peu autrement. (Mais pas fondamentalement autrement.)
Le travail de uke...
Le "rôle de uke", après 25 ans de pratique j'ai posé la question
récemment à l'enseignant (Jean-Pierre Lafont, 6ème dan) dont je suis
les cours en école des cadres tous les mois. Il m'a répondu : "Il n'y a
pas de rôle d'uke"...
Je reste un peu sur ma faim. Il n'est pas très loquace et se méfie des
mots...
(La réalité, nous n'y avons accès que par nos perceptions. Et ces perceptions sont filtrées par les concepts, les notions et les mots qui conditionnent notre pensée, c'est-à-dire par le langage. Se méfier des mots pour finalement les rejeter est donc absurde. Mieux vaut apprendre à les utiliser, à devenir maître de leur(s) sens et de leur(s) limites... toujours extensibles. Comme les technique d'aïkido, les mots sont des outils de travail sur soi. En pénétrer le sens et peaufiner nos perceptions par leur usage - au moins double : prosaïque ("propre") et poétique ("figuré" ou métaphorique) - est une discipline en soi. Ce n'est qu'à un certain niveau de maîtrise que les mots ne sont plus des obstacles. Tout comme les techniques martiales... pour le maître.)
En fait... il y a plusieurs manières de travailler à deux, il n'y en a pas qu'une seule.
Pour simplifier :
Ju no geiko = travail souple, sans résister, uke accepte de "suivre".
Go no geiko = travail ferme, uke tient sans "suivre".
De toutes façons, pour l'instant nous ne travaillons pas "réellement" dans des situations d'attaque réelles, n'est-ce pas?
Les attaques ne sont pas réelles, et pour cause. Et en conséquence, les
techniques de défenses ne sont pas appliquées réellement pour se
défendre. (D'ailleurs, au passage, quand on est vraiment dans l'aïkido,
on ne se "défend" pas. Il n'y a pas 1 l'attaque et 2 la défense. Ca
fonctionne en système, ensemble, de façon synchrone. En "concordance" :
peut-être le meilleur des mots pour traduire en français la notion d'"aïki". Et "aïkido" pourrait être traduit par "concorde", c'est-à-dire
la concordance - notion mécanique et plus largement fonctionnelle -
déployée dans l'ordre moral et éthique en "concorde". La concorde idéale entre tous les êtres vivants... - et non vivants, ai-je envie de préciser.)
Pour l'instant, je transmets la forme des techniques ; c'est comme de tracer les formes des lettres sur un cahier quand on apprend à écrire. Il serait ridicule que uke résiste et s'oppose.
Mais précise ta question et je répondrai.
(La suite de ma réponse est donc à venir...)
P.S. : "uke / tori" à distinguer du sens du couple de mots "aïté / shité (ou nage)"
"uke / tori", ce sont des termes issus du judo. "Uke" c'est celui qui
"chute" (uke --> ukemi) et qui "subit" la technique, et "tori" c'est
celui fait envoie "uke" chuter ! Alors qu'en aïkido, on préfère "aïte"
(celui qui reçoit la technique et qui donne son corps et son geste pour
que l'autre puisse travailler) et "shite" (celui qui exécute la
technique et aide "aïte" à la recevoir). Perception des choses très
différente. Le sens des mots porte une tout autre vision ; ce n'est pas
qu'une affaire de sémantique, mais bien de vision et de compréhension
profonde de ce que nous faisons (ou pas).
Le bouquin que je conseille toujours vivement pour comprendre ce qu'est l'aïkido et où on va avec, est : Aïkido, un art martial, une autre manière d'être, André PROTIN, Edition Dangles.
http://www.aikidotakemusu.com/
Et n'hésitez pas à lire en entier l'article de Philippe VOARINO : "Faut-il toujours brûler l'hérétique ?" (éditorial)
Et aussi ceci, sur "la méthode Saïto" et tout particulièrement la notion de kotaï : http://www.aikidotakemusu.com/article296.html
Cet article répond à certaines questions que je me posais sur l'usage pédagogique de kotaï (go no geiko) et sa place dans l'apprentissage du pratiquant depuis ses débuts.
Dernière séance de l'année, ce vendredi 19 juin 2009, à Montier-en-Der, au dojo.
Jean-Pierre Lafont nous donne à voir... nous donne à faire... et à réfléchir au processus qui relie l'Assaillant au Neutraliseur.
Voici brièvement quelques points qui se sont dégagés pour moi et qui me paraissent essentiels :
<1> L'assaillant est "pris" dans notre technique. La technique que le Neutraliseur exécute pose des "rails" ou pose une "forme" dans laquelle va se couler l'assaillant, sans qu'il ne puisse faire autrement.
<2> Le Neutraliseur n'anticipe pas l'attaque par son mouvement. Il est possible qu'il anticipe certaines choses mentalement, par sa vigilence, mais il ne les anticipe pas par un mouvement du corps (que pourrait d'ailleurs percevoir l'assaillant).
<3> Il faut d'abord couper l'Assaillant. L'aïkido, dont on dit parfois qu'il est "irimi et atémi", demande donc de pénétrer dans la sphère de l'autre pour prendre son centre. La coupe qui débute tout mouvement permet de prendre ce centre. S'agit-il d'une "vraie" coupe ? Ou bien de l'esprit de la coupe ? Autrement dit, plutôt le fait de pénétrer pour prendre le centre... même s'il ne s'agit pas mécaniquement d'une coupe... ?
<4> C'est après la coupe initiale que vient la technique d'aïkido. La technique d'aïkido permet de guider/canaliser l'Assaillant, mais seulement après avoir réalisé la coupe initiale de prise de son centre. Sans cela, la technique d'aïkido ne peut être exécutée.
Chacun de ces 4 points est susceptible de modifier voire de bouleveser notre façon d'envisager la réalisation de nos techniques d'aïkido.
Chronologiquement, le processus est donc :
Attendre l'attaque
--> Couper l'Assaillant pour prendre son centre
--> Réaliser la technique qui canalise l'Assaillant
--> Laisser l'autre être pris dans cette canalisation... qui le neutralise.
On s'en doute, pour que cela fonctionne, il n'y a pas plusieurs temps. Il y a "tuilage" d'un temps sur l'autre ; pour parvenir un jour à ce qu'il y ait fusion de ces temps en une seule action ( = un seul acte de présence au bon moment, au bon endroit et avec la bonne forme ).
Conséquences logiques des points précédents :
Attendre l'attaque : Cela veut-il dire que l'on n'entre pas quand l'Assaillant arme (son shomen par exemple)... ? Attendre jusqu'à quel moment... ? Jusqu'à laisser passer l'attaque ? Ce n'est sûrement pas restrictif à ce point-là.
Couper l'Assaillant : Ce n'est donc pas la technique d'aïkido qui permet d'entrer, ce n'est pas elle qui est "efficace" en premier lieu ; il y a autre chose. Et cette chose c'est le fait de pénétrer par une coupe qui prend le centre. C'est peut-être un peu fustrant de prendre conscience que ce n'est pas la technique d'aïkido qui détient l'efficacité... Au contraire : la technique d'aïkido est tributaire de la qualité de l'entrée (de la qualité de l'irimi-atemi... "atemi" étant à comprendre comme "bonne prise de distance", et non pas comme "percussion", interprétation occidentale.)
La technique canalise l'Assaillant qui y est pris : Qu'est-ce qui fait que l'autre se coule dans la forme technique, ou qu'il s'y "encastre", en quelque sorte ? C'est qu'il ne peut pas faire autrement (s'il peut répondre et assaillir à nouveau, c'est que la technique a été mal effectuée !) Ce n'est donc pas au Neutraliseur de s'adapter à l'assaut de l'Assaillant, à sa forme d'attaque. Autrement dit : une technique d'aïkido n'est pas là pour s'adapter à une forme d'attaque (sacrée surprise !) ; une technique d'aïkido vient canaliser quelqu'un dont le Neutraliser a déjà pris le centre. Mais alors... pourquoi telle technique d'aïkido plutôt qu'une autre... ? En effet, si le centre de l'Assaillant est pris, toutes les techniques (ou presque) deviennent possibles. Alors... à quoi servent les techniques d'aïkido proprement dites, chacune dans sa spécificité, si, à ce stade de la prise du centre de l'Assaillant, n'importe laquelle peut être utilisée ? (J'ai quelques idées...)
Denières choses :
> il faut bouger son propre axe (vertébral) pour bouger l'axe de l'autre. On "coupe"avec tout son corps. Ce n'est pas avec les membres supérieurs qu'on bouge l'axe de l'autre. Il faut capturer son axe, décentrer l'Assaillant, un petit peu suffit pour pouvoir engager une technique.
> "couper" ne veut pas nécessairement et seulement dire "couper avec les bras", mais renvoie à l'idée de "couper avec tout son corps". Autrement dit : de faire irimi-atémi avec tout son corps. Comme un "carreau" de pétanque (une boule prend la place exacte de l'autre) ? Et seulement ensuite un technique d'aïkido canalise le corps déstabilisé... Mais quelle technique ?
Je complète (26/06/2009) :
L'idée de prendre la place de l'assaillant ( = l'endroit physique où il se trouve) n'est valable que dans le cas où l'on peut entrer directement en irimi. Lorsqu'il n'est pas possible d'entrer directement en irimi et que l'on doit faire tenkan, on ne prend pas la place de l'autre... mais tout en laissant passer l'attaque on place son axe en un point qui devient le centre de l'action, son axe.
Dans tous les cas, on place son axe au centre de l'action en créant ce centre. Et l'autre se retrouve en périphérie de notre axe. De la position de l'assailli, on se place dans une situation physique qui permet d'être le pivot du mouvement global. Tout en plaçant ce pivot au bon endroit (ma-ai par rapport à l'autre) il faut couper l'assaillant pour le déséquilibrer (légèrement). Cette action globale a un effet de neutralisation (l'assaillant arrive au bout de l'expression de son mouvement ; il est en quelque sorte, à cet instant, "au bout du rouleau" de son geste d'attaque). Ce n'est qu'ensuite qu'intervient la technique d'aïkido : il devient possible de le guider par une technique parce que son attaque a été neutralisée par notre placement initial et par une coupe à l'intérieur de son assaut.
Art de faire de l'autre un satellite ? Rapport Soleil (point central de référence) / Terre (satellite) ?
Peut-être. Mais sans se laisser ensuite entraîner par l'énergie cinétique centrifuge (celle qui rejette à la périphérie). Un bon dosage entre force centrifuge et force centripète (celle qui ramène au centre) est requis (pas facile !). De même qu'un bon dosage entre gravité (du bas du corps) et légèreté (du haut du corps), force descendante et force montante.
Si je ne devais retenir qu'une seule chose, ce serait de ne pas commencer par faire une technique d'aïkido en réponse à une attaque
A la limite, la technique est secondaire. C'est dans doute cela qui est le plus frustrant pour un pratiquant de techniques d'aïkido !
Si l'essentiel de l'aïkido n'est pas dans ses techniques... qu'est-ce qui le différencie d'autres arts martiaux qui tous, quels qu'ils soient, pour être "efficaces", nécessitent de mettre en oeuvre, en premier lieu, les bases du placement du corps dans l'espace, un bon ma-ai, un bon timing (sen no sen = "le temps dans le temps)... ?
Si l'essence de l'aïkido n'est pas dans ses techniques, un pratiquants d'aïkido qui maîtrise l'essence de l'aïkido peut user de n'importe quel technique, qu'elle soit ou non une technique réputée être dans la nomenclature de l'aïkido.
Finalement, il n'y aurait pas de techniques proprement aïkido. Les techniques que la tradition nous propose ne sont peut-être là que pour développer la perception du centre, de l'axe, du ma-ai, du timing, etc. Elles sont là comme outils pédagogiques, comme moyen et "cas" d'apprentissage, comme superstructure, comme échauffaudage pour construire l'édifice intérieur pendant des années. Mais une fois l'édifice intérieur construit, tout fait technique, tout est bon.
Merci pour vos compléments.
PH
A défaut d'un autre titre, c'est celui-ci qui m'est venu spontanément : le sens de la pratique.
Ne devrais-je pas écrire "les" sens de la pratique. Les sens des pratiques ?
Plusieurs pratiques possibles de l'aïkido. Et plusieurs sens à donner à ces pratiques.
N'y a-t-il qu'une seule direction ? Probablement pas.
Qu'a fait Maître Ueshiba en fondant l'aïkido ? Il a fait quelque chose qui était bon pour lui ; puis il l'a proposé aux autres. Mais n'est-ce pas à chacun, avançant dans sa liberté et sa responsabilité (d'abord envers soi-même), de se cultiver et de se construire à l'aide de l' "outil" aïkido proposé par Ueshiba et par ses élèves (nos maîtres actuels) ?
L'aïkido n'est pas une finalité. Il ne s'agit pas de sacrifier son corps, son esprit, sa vie ou que sais-je encore au profit d'un aïkido idéal, le seul qui serait digne d'exister, le seul qui aurait toute légitimité à être, qui aurait droit de cité, les autres formes de pratiques et visions des choses pouvant remballer leus affaires.
Dit autrement : les chapelles, les églises, les dogmes, les ambitions, tout cela mérite qu'on en rigole haut et fort à gorge déployée. Si vous ne donnez pas vos voix aux chapelles, il n'y aura personne pour chanter pour elles !
Toute forme de dogme ou de "pensée unique" veut vous modeler à son profit.
Demandez-vous qui vous êtes vous-mêmes ? Que pouvez-vous devenir ? Que voulez-vous devenir ? Que vous destinez-vous à devenir ? Où est votre autonomie fondamentale, et comment la développer ? Quel est ce chemin unique que vous seul pouvez tracer et qui alors, oui, enrichira telle ou telle école, mais du fait du développement de votre richesse unique, de votre "exception personnelle" ? Ce sont les sentiers personnels qui font les voies. Ensuite les voies fascinent, et les individus les suivent ; mais tant qu'ils les suivent, aucun ne trace son propre chemin. Il faut se faire sa propre voie ; et peut-être recoupera-t-elle une autre voie, peut-être recoupera-t-elle plusieurs voies, mais qu'importe ! Ne devenez pas prisonnier d'une voie, c'est tout.
Voulez-vous être un nouveau robot humain, un petit soldat dans une pyramide de distinctions ?
Voulez-vous voir votre figure gravée au fronton d'un temple, dans l'histoire des hommes et dans le torrent des siècles ?
Cherchez-vous une distinction sociale à l'intérieur d'un système, quel qu'il soit ?
Ou bien vous cherchez-vous profondément vous-mêmes, hors de toute forme de reconnaissance, déniant à quoi que ce soit et à quiconque la légitimité de vous dire qui vous êtes ?
Devenir soi-même c'est ne plus être dépendant du regard des autres, des félicitations, des distinctions sociales, etc.
Demandez-vous plutôt ce que la nature pense de vous.
Demandez-vous plutôt si la nature passe en vous.
Demandez-vous plutôt si vous vous sentez plus appartenir de la nature que des hiérarchies sociales et de pouvoir qui vous font miroiter la possibilité d'y occuper - un jour peut-être ! - la place de choix dont vous rêvez.
La nature vous traverse, vous traversez la nature, vous êtes une entité ou une créature temporelle au sein de la nature, qui travaille aussi en votre propre sein. Pas de séparation, pas de vraie distinction.
L'aïkido est un des millers d'outils possibles pour faire ressurgir en vous ce que votre corps-esprit sait profondément et fondamentalement depuis sa constitution.
Il n'y a rien à apprendre : il y a seulement à retrouver.
Vous pourriez le faire tout seul !
Qu'attendez-vous ? Il y a vous, et la nature en vous, et vous dans la nature, tout en un, uni. Vous, qui êtes à vous-mêmes votre seule expérience accessible, que personne ne peut connaître et vivre comme vous la connaissez et la vivez. Vous êtes à vous-mêmes votre propre expérience, unique. Laboratoire spirituel ambulant.
Quel est alors le sens de votre pratique ?
Que faites-vous réellement quand vous pratiquez l'aïkido ?
Où est-ce que ça vous mène ?
Où souhaitez vous (secrètement) que cela vous mène ?
Qu'en attendez-vous fondamentalement ?
En attendez-vous quelque chose ?
Voulez-vous vous défendre ? Contre qui ? Pourquoi ?
En attendez-vous une quelconque forme de reconnaissance ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui vous a si cruellement manqué pour que vous attendiez, ici, de la reconnaissance ?
Ne pouvez-vous donc pas vous reconnaître vous-même, tout seul, vous-même reconnaissant à vous-même le droit d'exister, d'être libre, de vous autoconstruire, sans avoir à demander : "Est-ce que c'est bien ?", "Est-ce que j'y suis, maintenant ?"
Vous voulez des bons points et des images ?
Un cadeau ?
Et au final un Ci-gît... ?
Bazardez le scolaire et les "il faut" et retrouvez la vie.
Autrement dit : retrouvez vous.
Piste :
Ecole d'aïkido Itsuo Tsuda : http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/
Y lire l'intéressant entretien avec Régis Soavi : http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/FR/simple_comme_respirer.html
Cela fait quelques temps que ma vision du sport tend à changer. J'avais tendance à jeter le bébé avec l'eau du bain.
Si je garde du sport ce qui fait le sport, à savoir l'activité physique, mental et psychomotrice, de l'individu, et de l'individu dans un groupe, une équipe, et que j'en retire tout ce qui pour moi le corrompt, à savoir la dimension économique, publicitaire, médiatique, et l'esprit de compétition dans ce qu'il a d'égoïste et de primaire, je dois reconnaître que toutes les activités physiques, quelles qu'elles soient, présentent les mêmes caractéristiques de développement que la seule que je connaisse de l'intérieur : l'aïkido.
Ok, l'aïkido serait un "art martial", plus précisément un "budo".
Le mot "budo" ne contient pas l'idée d' "art". Mais si l'on parle d'« art martial », il faut comprendre « art »
dans le sens proche de « pratique artisanale manuelle » où l'individu
est en prise directe avec ce qu'il modèle. La dimension pragmatique domine sur la dimension esthétique. Quant à l'esthétique, elle serait plus proche de la notion de design, qui est une recherche de la "bonne forme", c'est-à-dire de la forme la plus économique et facilitante par rapport à une visée utilitaire, la forme dont le minimalisme atteint l'objectif pragmatique et rien que lui.
L'aïkido est plus justement une discipline martiale,
et la notion d'art ne doit pas cacher le coeur de la discipline : un travail sur
soi consistant à nettoyer le corps et l'esprit de ses scories pour atteindre un
état de simplicité, agissante quasiment "par elle-même". C'est cela
que j'appelle l'état d'humilité, ou de simplicité à soi-même et au
monde. (Pourrait-on alors parler de "design mental et émotionnel" ?)
La mort, et d'abord sa perspective vécue dans un état intérieur d'éveil simple et droit, est un outil d'usure de l'inessentiel et de retour à soi.
J'avais déjà employé cette métaphore informatique, mais elle est vraiment parlante pour moi :
· Le bios = ce qui définit les communications matérielles dans un ordinateur, au premier niveau de l'électronique. (d'où le terme "bios" = vie !) --> pour un être humain, son corps, sa physiologie, sa structure neurale de base à la naissance...
· le système d'exploitation = le socle logique de base, le terrain des échanges logiques où vont pouvoir s'implanter les logiciels. --> pour un être humain, son cortex cérébral, est plus précisément son néo-cortex, qui se développe par immersion dans une culture humaine donnée.
· les logiciels = les programmes de surface qui traitent telle ou telle tâche --> pour un être humain, ce sont les compétences acquises, en général de façon consciente : le calcul, la lecture, les raisonnements logiques, les règles de politesses, etc. Ce sont probablement des millions de logiciel ou de micro-programmes qui, a force d'être utilisés, deviennent automatique, moins conscients, parfois inconscients ; il est probable que certains d'entre-eux s'intègrent à des niveaux plus profond à force d'être utilisés régulièrement... Toutefois, les personnes atteintes d'Alzheimer sont la preuve que ces logiciels ont tendances à fondre doucement ; il ne reste alors que le système d'exploitation, la couche inférieure qui soutient la couche logicielle ; le système d'exploitation peut lui aussi commencer à fondre en partie, et il ne reste que le bios, le système végétatif (dans un coma, par exemple, bien qu'il faille parfois suppléer, dans l'état de coma, à des déficiences du bios, par exemple : respiration artificielle).
La perspective de sa propre mort est un outil puissant pour entrer en humilité et travailler à sa propre sincérité.
Que restera-t-il ?
La méditation et d'autres pratiques de "postures neutres" permettent aux logiciels mentaux de se reposer, au néo-cortex de se décanter ; on rejoint le niveau du système d'exploitation. En poursuivant l'expérience, si elle n'a pas été troublée, on peut parvenir à placer son attention dans le bios. A ce moment là, il y a attention sans conscience du Moi ni même du Soi ; la conscience n'est pas consciente d'elle-même. Dès l'instant où elle reprend conscience de ce qu'elle est en train de vivre, il y a dissociation entre un observant et un observé, et l'on retourne automatiquement à l'état de conscience néo-corticale.
(La philosophie dit qu'il n'y a de conscience que consciente d'elle-même. N'est-il pas ainsi problématique d'évoquer une conscience qui ne serait pas consciente d'elle-même ? Les traditions orientales ne s'en privent pas. C'est que le concept de "conscience" n'est pas strictement le même dans ces deux traditions de pensée ; la traduction conceptuelle pose problème... La psychologie cognitive clinique et/ou la neurologie semblent pouvoir accepter un concept comme celui de "conscience du corps"... A creuser, à vos recherches !)
L'humilité consiste à accepter que la conscience de tous les jours (donc notre Moi) soit dépendante de niveaux inférieurs, jusqu'au bios. On parle parfois d'intelligence ou de sagesse du corps ; il s'agit de faire confiance à son propre support matériel biologique : notre physiologie, nos cellules, nos neurones, notre être biologique.
Que la conscience néo-cortical (la pensée, le mental) choisisse de placer volontairement son attention uniquement au niveau du bios est un acte qui n'a rien d'anodin. C'est une sorte de délégation de pouvoir. Accepter de déléguer à sa biologie ce que nous considérons habituellement comme un apanage de l'intelligence est un acte d'humilité très profond.
La sincérité exprime l'idée d'unité de soi, en acte comme en paroles, et des actes avec les paroles. Les paroles et les pensées sont en accord avec la vie réellement menée, et inversement : il y a unité de croissance. Ce serait d'ailleurs l'étymologie la plus ancienne (sincerus dans le sens de propre, pur. Sincerus a pu, à une certaine époque, signifier « une seule pousse » (dans le sens : absence de mélange), en raison de sa formation de sin- (notion d'unité) et crescere (croître, dérivé de Cérès, divinité romaine des moissons).)
Unité de croissance : la pensée ne viendrait pas après les actes ou les actes après la vie, mais ils seraient co-constitutifs les uns des autres, d'une même substance ; les paroles elles-mêmes seraient des actes, tout comme les pensées, et non pas des suppléments destinés à manipuler la réalité objective pour lui donner des atours favorables et orienter ou contraindre le point de vue qu'on pourrait/devrait avoir sur elle.
Il semble logique que, par définition, la notion de sincérité s'étende à tous les paliers de la vie sociale d'un individu. Etre sincère, c'est ainsi, aussi, parvenir à avoir une fonction ou une position sociale en accord avec son ressenti interne.
(Il pourrait être philosophiquement plaisant d'épiloguer sur la sincérité du mendiant par rapport à celle du directeur de multinationale. Si leur essence pourra sans doute être posée comme philosophiquement identique, la caractérisation de leur rendu social effectif pourrait poser question... Pourquoi un mendiant nous paraît-il d'emblée plus capable de sincérité qu'un directeur de multinationale... ? Parce qu'il dispose de moins d'occasions de se montrer insincère? Parce qu'il a moins d'intérêt à l'insincérité ? Pas si sûr...)
La recherche de la sincérité à partir des seules pensées et du seul vouloir cortical est probablement voué à l'échec. Le quêteur risque de tourner en rond dans son bocal mental, sans jamais parvenir à enracine la sincérité dans le terreau profond de son être vivant (le bios).
C'est pour cela que les pratiques de méditations se sont développées.
Méditer, "méditare", c'est agir à partir du milieu, ou bien se laisser conduire vers le centre (de soi-même).
(Piste sur la méditation : http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9ditation)
Quelques évidence nous guident :
absence --> présence --> absence
Nous sommes un "moment", une bulle, qui n'existait pas l'instant d'avant, et qui disparaîtra l'instant d'après.
Comment pouvons-nous nous donner plus d'importance que
n'en a un phénomène transitoire...?
Pas de pensée ou d'intelligence rationnelle sans bios
Le corps vivant, la physiologie, sont la base de la pyramide au sommet de laquelle s'illumine une fine pointe de pensée réflexive. Le tort serait de prendre cette fine pointe pour toute la pyramide, ou même de croire qu'elle puisse en avoir la compréhension complète. En revanche, la fine pointe peut prendre conscience de la situation, et déléguer au bios toute compétence pour déployer l'énergie auto-constructrice dont il est capable (le corps se reconstruit sans que la pensée intervienne. Moins le néo-cortex impose sa dictature, plus le bios peut travailler puissamment).
Humilité, sincérité
Il n'est pas possible de progresser soi-même de façon équilibrée et heureuse sans travail de l'humilité, qui est la base de la sincérité à soi-même. L'humilité débute avec l'acceptation que la conscience rationnelle (la pensée, le mental) ne sont pas tout, mais qu'avant il y a le corps, avec ses capacités, son potentiel qui est une donnée biologique. Le corps peut être éveillé bien plus qu'il ne l'est quand le mental lui prend son énergie. Le mental, l'intelligence rationnelle, a tendance à dériver l'énergie du corps à son seul profit, et à affaiblir le corps. Cette "mauvaise gestion" est aussi la résultante d'un héritage culturel particulier (séparation de l' "âme" et du "corps"... Mépris du corps au bénéfice de l'âme ou de l'esprit, puis du mental... Rationalisme... Cartésianisme mal compris... Scientisme...) La pensée et surtout les pratiques orientales du corps, observées à présent par le regard des sciences cognitives et de la neurologie, rouvrent l'horizon de pratiques d'éveil et de conscience qui engagent l'être tout entier et pas l'une de ses sous-parties hégémoniques.
Ainsi, une sincérité qui voudrait s'originer dans la pensée serait vouée à l'échec. Il me semble qu'il faut partir du corps, de la respiration, de l'équilibre, des cellules, et pratiquer la méditation, le chi-kung, le taï-chi-chuan, le yoga... ou trouver ses propres formes de travail du corps (mais accepter de bénéficier d'un héritage multimillénaire au lieu de vouloir tout trouver par soi-même depuis le départ est aussi un acte d'humilité...)
Je considère que la sincérité est une propriété émergente du travail du corps ; il n'y a pas de sincérité vraie ex abstracto, tirée de l'abstrait d'une "décision de sincérité". La sincérité à soi-même pousse comme une plante d'un sol arrosé par l'attention dévolue au corps vivant.
Sur ce chemin, dont le vécu et les effets s'approcheront parfois d'une forme d'auto-analyse par le corps, l'imaginaire entrera en jeu, cette zone entre la conscience consciente d'elle-même et le subconscient, l'imaginal... et il faudra laisser agir. Et si l'on s'égare : redonner la main à l'intelligence du corps. Le moyen le plus couramment employé consiste à écouter sa respiration, à s'y poser comme s'y poserait un papillon, où à devenir votre respiration, rien qu'elle. Identifier votre conscience du moment à ce que vous ressentez comme la chose la plus vivante en vous. Partez de la sensation de la gravité terrestre ; goûtez la gravité, goûtez la respiration telles qu'elles se livrent. Abandonnez toute directive ; simplement écoutez votre corps, votre "être- présent".
Ensuite vous éprouverez une plus grande authenticité de vous-même à vous-même. C'est le début de la sincérité.
Quelles que soient les questions que vous vous posez ensuite, quels que soient les doutes, dites-vous en souriant que ce ne sont que des questions et des doutes, rien d'autre.
Le mille-pattes répondit : "Ce n'est pas que j'utilise mes nombreuses pattes en plaçant mon esprit dans chacun d'elle séparément. Lorsque le don du Ciel qui me permet de me déplacer se met en action, alors mes cent pattes bougent en conséquence..." (Extrait du Sermon du tengu, Issai Chozanshi)
Ne pratiquez pas un art martial : apprenez plutôt à danser.
Pourquoi êtes vous entrés dans la pratique d'un art martial (ou discipline martiale) ?
En ce qui me concerne, à 17 ans et demi, j'avais besoin de bouger. Je ne faisais pas de sport au lycée en raison d'un problème aux talons (calcification du calcanéum occasionant des douleurs). Arrivé en Terminale, je crois que le sport n'était plus obligatoire... J'ai rêvé plusieurs fois de suite que je pratiquais un art martial. Autrefois, j'avais pratiqué le judo, c'est peut-être pour cette raison que mon besoin d'activité physique a éveillé ces images. Ce à quoi je rêvais n'était pourtant pas du judo. J'ai regardé dans des livres. Je suis tombé sur une définition de l'aïkido. Je suis allé dans mon ancien dojo. L'enseignant était Clément Panza, 6ème dans de judo et d'aïkido (à Strasbourg). J'ai regardé le cours d'aïkido, qui m'a plu immédiatement. Je me suis inscrit. Je n'ai jamais arrêté. Les progrès et l'intensité de la pratique ont été variables suivant les époques, mais je n'ai jamais arrêté.
A 17 ans, j'avais tout simplement besoin de bouger, besoin d'activité physique. Qu'il n'y ait pas de compétition, et que l'aïkido ne SOIT PAS UN SPORT, me plaisait tout particulièrement. Ce n'est pas la dimension martiale qui m'a attiré, mais la dimension précisément "non martiale".
Et aujourd'hui ?
Que sommes-nous donc en train de faire ? Qu'est-ce que c'est que cet aïkido ? Celui du fondateur, O Sensei Morihei Ueshiba ? Celui de Maître Tamura ? Et pourquoi pas l'aïkido de Arikawa, Saïto, Yamaguchi... ?
Quel est le sens de tout ça ? A quoi ça rime ? Est-ce que c'est "efficace" ? La question a-t-elle encore un sens ?
Après plus de vingt ans de pratique, les techniques nous obscurcissent. Nous pratiquons encore nos techniques "sur" l'autre, et pas "avec" l'autre.
Quel est l'objectif, quand l'autre nous attaque ? Destructurer son attaque, sans être touché. Prendre son centre pour destructurer sa forme de corps. Rendre neutre, rééquilibrer la situation.
Si tout se passe et se joue avant la technique... qu'est-ce qui est censé se passer ? Que faut-il faire, ne pas faire, défaire ?
C'est l'obscurité.
Peut-être mieux vaut-il ne pas trop s'occuper de l'autre, faire un pas de côté, avec la même énergie que l'on danse.
Quand on danse, on est soit même, on ne s'oppose à rien. Le mouvement nous traverse, on se place où l'on veut, on ondule et l'on se meut à notre manière, sans contraintes.
Pistes dont je garde pour moi les développements :
- oscillations
- statique
- réflexe de compensation de l'équilibre
- exploitation de la compensation du système neurologique de stabilisation
- prendre l'axe et le centre, ne pas se laisser abuser par les membres
- accepter la contrainte en un point, mais bouger les 99% libres
- travailler au delà de l'assaillant (dans tout l'espace, comme un peintre de grands formats en 3D)
- créer les canaux où va s'écouler l'assaillant (son esprit-intention suit ces canaux)
- bouger pour soi, pour être bien à l'endroit où l'on est le mieux, et agir à partir de là
- rapport vivant avec l'autre : guider son intention (donc son système réflexe de compensations)
- tout organisme perturbé tend spontanément à retrouver son équilibre : perturber l'autre pour exploiter son temps de rééquilibrage
- en aucun cas l'action en aïkido n'est que mécanique : l'aïkido influence l'attention, la vigilence, le rééquilibrage...
A quoi servent les techniques au plus haut niveau ? A rien.
Les techniques permettent d'emballer l'assaillant, mais pas de le "capter".
Captation puis capture : canalisation de l'esprit (attention) puis emballage-cadeau grâce à la technique la plus appropriée (= la plus simple et économe à mettre en oeuvre à ce moment-là dans cette situation-là).
Un assaillant dont l'attention (le corps-esprit) vient d'être captée est déjà hors d'état d'agir. Et c'est la qu'intervient la technique : pour sceller l'événement.
Lorsque le mille-patte danse, il découvre tout naturellement son potentiel de mouvement. Son esprit en garde la mémoire profonde. Et les mouvements ainsi découverts et mémorisés peuvent rejaillir ensuite.
Explorer librement tout son potentiel de mouvements possibles dans la danse est probablement plus fructueux pour l'apprentissage que de suivre des formes fixes qui sont finalement des prisons pour le corps et l'esprit.
Lecture : Le sermon du tengu (sur les arts martiaux), Issai Chozanshi (présenté et traduit par William Scott Wilson), Budo Editions, 2008 (traduit de l'anglo américain, édition américaine, 2006). Ecrit au début du XVIIIème siècle par un samouraï ayant séjourné au coeur des forêts du Mont Kuramai, le Sermon du tengu est dévenu un classique. Ce livre n epropose aucun conseil en matière de techniques, de stratégies ou de manoeuvres militaires mais il cherche, au contraire, à guider l'adepte des arts martiaux sur un chemin intérieur, un chemin de non-dépendance, de spontanéité et de tranquillité d'esprit.
Voici quelques notes, suite à l'école des cadres d'aïkido suivie avec Jean-Pierre Lafont (6me dan), à Montier en Der (Haute-Marne, 52), une fois par mois, le vendredi soir, depuis septembre 2007. Au moment où j'écris ces notes, nous sommes en novembre 2008. Le contenu de ces notes n'engage que son auteur.
Une question : Comment trouver le sens de l'unité avec l'assaillant ?
L'aïkido met en oeuvre le principe d'unité ("aï") avec soi-même d'abord, puis avec l'autre (celui qui fait l'assaut ou qui en a l'intention).
Je me souviendrai toujours de cette première définition de l'aïkido, sur laquelle je suis tombée il y a vingt-six ans, dans une encyclopie grand public (le Quid !) : "Aïkido : art martial consistant à faire UN avec soi, puis avec l'autre." Le Quid n'avait pas plus de place pour définir l'aïkido. Le choix, en une courte phrase, de synthétiser ainsi le principe de l'aïkido m'apparaît encore aujourd'hui comme la preuve de l'éclair de sagacité qui a traversé l'esprit du rédacteur.
Sans unité avec soi-même, il est difficile de "s'unir" à l'autre. L'unité avec soi-même est donc un prérequis, travaillé notamment grâce aux aïkitaïso (dont les Ba Dua Jin du chi-kung chinois, repris par Maître Tamura). Cette unité physique et psychique (donc psychosomatique) peut être travaillée tous les jours, à chaque instant, dans tous les gestes et tous les actes de la vie quotidienne. Il s'agit de travailler à « être entier », pleinement là où nous sommes, pleinement dans ce que nous en sommes en train de faire (ou de dire), qu'il s'agisse d'un agir relationnel, d'un agir productif ou de toute forme de présence.
La méditation immobile (par exemple l'assise zen) ou en mouvement (par exemple le taï-chi-chuan) est un autre exercice aux effets puissants pour développer l'unité de soi-même. Cette unité dépasse le Moi : elle se construit dans le Soi ; elle construit le Soi (en zen, il est dit que l'assise zazen développe le « soi-même » dans le « soi-même » par le « soi-même »). Etre dans le "flow" (le flux, le courant d'énergie) comme disent les sportifs, c'est être dans un état phsychosomatique qui dépasse les ressources du Moi, lequel n'est qu'une configuration, un sous-ensemble des potentialités de l'être possible de l'individu.
Le Soi est un terme - également employé en psychanalyse et en "psychologie des profondeurs" (Jung) - permettant de désigner la totalité d'un individu dont toutes les potentialités sont activées. C'est un état de plénitude dynamique au sein duquel la conscience du Moi n'est pas abolie, mais où elle n'est plus totalitaire : l'ego (= le Moi) ne prend plus possession de l'ensemble des choses du monde comme il le fait d'habitude. La caractéristique foncière du Moi est de se vouloir propriétaire de tout et de projeter sur toute chose son envahissant désir de propriété exclusive (dont le moteur semble être la "volonté de puissance"). En étant soi-même, nous sommes pleinement... nous-mêmes ; un nous-mêmes qui dépasse le "moi-je" habituel, lequel n'est qu'un fragment de notre être, - un fragment que nous considérons habituellement, illusoirement, comme la totalité de de nous-même. Ce serait comme, pour la feuille, de se prendre pour l'arbre tout entier ! (Où se trouve la feuille, peut-être voir l'arbre tout entier, peut-elle en avoir une conscience globale suffisante pour se connaître elle-même, connaître sa place, sa nature et sa fonction réelles ?)
Le principe même de l'aïkido est la non-opposition, et celle-ci n'est réalisable que dans l'unité, avec soi-même, et avec l'autre. Le sens de l'unité avec l'assaillant est donc fondamental : par principe (philosophique ou moral), mais aussi par pratique, pour l'efficacité de l'agir, ou du non-agir (j'emploierai le mot « agir » même s'il s'agit de non-agir, ou, plus exactement de non-intervention. Wu wei en chinois, ou mu i en japonais, se traduit plus précisément par « non-intervention » que par « non-agir », terme ambigu...)
Deux éléments de réponse à travailler pour trouver l'unité avec l'assaillant :
1. Commencer par "capter" le centre de l'assaillant, avant toute technique proprement dite.
2. Apprendre à "tomber" en même temps que l'assaillant.
1. Capter le centre de l'autre
Les techniques d'aïkido proprement dites ne sont qu'un "cadeau" fait à l'assaillant, après que nous ayons capté son centre. Quel centre ? Non seulement son centre de gravité physique, mais aussi son centre de gravité psychique, qu'on peut aussi appeler son intention, ou son attention, telle qu'elle s'est invesite dans et par un assaut ; disons d'un mot valise : sont "attention-intention". Il pourra suffire d'appeler tout ceci son centre psychosomatique.
Comment parvenons-nous à capter l'attention de quelqu'un, dans la vie courante ? Par notre regard... Par notre attitude... Par notre manière de lui parler... En lui parlant de ce qui l'intéresse... etc. Mais l'attention de quelqu'un décroît rapidement si des stimulations nouvelles ne viennent pas frapper sa conscience.
En art martial, l'assaut est bref ; nous travaillons donc non pas sur une conscience-attention dans la durée, mais dans l'instant. Nous n'avons pas à "tenir de discours", même gestuel, à l'autre, pour le garder avec nous. Nous travaillons dans une sorte de "non durée" ou plus exactement d'"instantané". D'un côté, c'est plus facile, car nous n'avons qu'une seule et unique chose à faire pour capter son centre psychosomatique. Cette chose à faire prend la forme d'une présence dans l'espace au bon moment (ma-ai ou bonne distance et sen-no-sen ou timing) : une position adéquate de notre squelette suffit pour guider l'autre sur nos rails. Avant de faire un geste ou un déplacement sur l'autre, il s'agit de se placer dans l'espace pour l'autre. Il s'agit de le recevoir, de l'accueillir dans un espace que nous avons structuré pour lui. Nous pourrions appeler cela : une structure d'accueil.
Cette structure d'accueil est spatiale, temporelle, physique et psychique : psychosomatique et spatio-temporelle.
Nous avons en quelque sorte construit le "berceau" où nous allons l'accueillir.
Il n'est possible de le conduire dans cette structure d'accueil qu'en ayant capté son centre psychosomatique.
Et, afin de résorber l'énergie cinétique de son assaut, il convient de déstructurer la forme d'attaque de l'assaillant et de dissiper celle-ci en suivant la constante la plus stable de notre physique terrestre : la force de gravité et la "Terre", au sens où l'on parle de "prise de Terre". Le meilleur moyen de dissiper son énergie et de lui permettre de se dissiper dans la masse, la masse terrestre, par le chemin naturel de la force de gravité terrestre. C'est le plus court chemin, vers le bas, et le plus facile, car l'attraction du noyau terrestre est constamment là pour nous y aider. D'où l'idée de "tomber" avec l'assaillant, de tomber sur place, là où le déséquilibre de son centre est créé par la structure adéquate de notre structure d'accueil.
2. Tomber en même temps que l'autre
Cela semble consister à faire contrepoids, à l’entraîner vers le bas, en direction… du centre de la Terre, suivant en cela le « fil à plomb » de l’attraction terrestre. Pas de traction, pas de poussée, mais une pesée. Cette pesée démarre au moment où l'on a atteint le point de neutralité des forces, pas avant.
En commençant par capter/capturer le centre de l’assaillant, on crée un léger déséquilibre. Ce déséquilibre ne doit pas l’entraîner, mais placer l’action dans un espace neutre où les vecteurs peuvent être réorientés.
La sensation est celle de tomber en même temps que l'autre... mais sans tomber nous-mêmes.
Conclusion et ouverture
Si au moment d’agir martialement l’intellect n’a pas lieu d’intervenir, cela ne signifie pas que l’aikido ne puisse s’expliquer sur le plan de la physique des forces.
Les notions d’ "équilibre", de "déséquilibre", d’ "attraction terrestre", etc. sont des notions bien connues et bien expliquées en Physique. Que ce soit un humain qui fasse l’assaut ne doit pas faire oublier qu’il est d’abord un corps physique, donc une masse, avec son équilibre, et son énergie cinétique. Il convient donc de connaître la Physique des forces.
Ensuite il convient de connaître la manière dont le cerveau humain commande l’équilibre. En effet, en tant que tori (assailli), nous avons non seulement à prendre en compte le corps de l’autre en tant que masse physique, une masse anatomiquement articulée ; mais nous avons aussi à prendre en compte le système nerveux central (le cerveau) qui commande les équilibre de cette masse articulée. Travailler sur le corps de l’autre est une chose ; travailler sur son intention (donc son cerveau) en est une autre.
Salut F***,
Sacrée question... Mais je l'avoue, pas parfaitement claire ; ou alors je n'ai pas tout compris.
Je ne suis pas certain d'avoir absolument saisi ; il semble qu'il y ait d'ailleurs deux questions plutôt qu'une seule...
Ce que je comprends en gros, c'est : "Est-ce qu'on sait ce qu'on a fait une fois qu'on l'a fait ?"
Il s'agit du mouvement, des gestes...
Eh bien ... on passe son temps à se former, se modeler, se "programmer" au niveau moteur, macro-moteur et micro-moteur... pour que cela jaillisse spontanément au bon moment, à l'instant "t" du jour "j", sans qu'on ait à le réfléchir.
On peut prendre l'exemple du piano ou de la guitare : quelqu'un qui maîtrise assez bien ces instruments peut jouer sans se préoccuper de devoir placer ses doigts ici ou là ; il pense à la mélodie, aux sons des accords... et il joue. Mais il le peut parce que pendant longtemps il a fait des exercices conscients. Une fois que c'est dans la mémoire profonde, il n'est plus nécessaire de mettre de la conscience dans les détails : ils s'organisent d'eux-mêmes, les doigts se placent, etc.
Pareil en arts martiaux.
Quelqu'un qui apprend un instrument (de musique, ou son propre corps) de manière rationnelle, par des exercices mécaniques qui détaillent les choses, peut sans nul doute expliquer rétrospectivement ce qu'il a fait de ses doigts ou de son corps pour jouer tel morceau ou faire telle technique.
Mais quelqu'un qui n'aurait pas appris rationnellement sur la base d'exercices objectifs et progressifs par lesquels il s'est programmé... il n'est pas sûr qu'il puisse expliquer ce qu'il fait de manière verbale, avec des mots précis... En fait, il l'ignore. Ce fut peut-être le cas de Django Reinhardt, par exemple, qui a appris seul, en écoutant, la guitare... Et il y a de nombreux exemples, notamment dans le jazz.
De même, au début, les futurs maîtres d'arts martiaux copiaient les animaux... Etait-ce rationnel ? Se l'expliquaient-ils dans le détail ? Ou bien fonctionnaient-ils par une sorte de mimétisme quasiment "affectif" ou "imaginal", dans une forme de songe mimétique ?
Tout dépend si on apprend avec le "cerveau gauche" ou avec le "cerveau droit"... (Bien que ce ne soit pas aussi simpliste : les hémisphères cérébraux ne sont pas aussi strictement spécialisés que cela ; c'est donc une manière de dire un peu imagée. Sur ce point, se référer à des ouvrages de vulgarisation sur le fonctionnement du cerveau... d'après 2005.)
La pédagogie traditionnelle de l'aikido et des arts martiaux japonais et meme chinois est de nature mimétique. Et fort peu rationnalisante, voire pas du tout.
La pédagogie occidentale, c'est tout l'inverse.
C'est pour ça que je me suis souvent demandé, et encore maintenant, si en voulant tout expliquer rationnellement et en faisant faire des exercices "progressifs" intelligents, on ne se privait pas de l'essentiel : l'inscription mimétique des gestes et des sensations dans la conscience profonde ; et pas seulement dans la conscience néo-corticale/verbale.
Dès que la question sera plus précise... je complèterai cette note.
En marchant, il m'arrive régulièrement d'avoir à l'esprit ce que pourrait être une configuration physique optimale pour l'aïkido.
J'imagine alors n'avoir ni bras ni jambes, même pas forme humaine. Mais la forme d'une sphère qui pourrait projeter des extensions triangulaires, comme l'étrave d'un navire qui avance, une sorte de brise-glace peut-être.
Dernièrement, toujours en marchant, je me suis vu comme une sorte de pyramide, dont les bras seraient les pentes ou bien des sortes de "toboggans".
L'assaillant serait cueilli au sommet de cette pyramide est glisserait sur les toboggan jusque vers le sol.
N'est-ce pas un modèle proche de ce que nous faisons avec les kokyu nage ?
Avec la sphère qui tourne sur elle même à une vitesse variable mais indéfinissable, l'assaillant se prend dans le mouvement comme happé par une tornade. Il tombe dans l'oeil du cyclone ; puis est rééjecté en périphérie.
La vision d'un animal qui se secoue, par exemple pour se débarasser de l'eau sur ses plumes ou son pelage, me guide aussi vers la sensation d'une rotation autour de l'axe, ou d'un frémissement des segments articulaires. L'assaillant est expulsé.
Ou bien, tout comme l'eau coule sur les plumes d'un canard ou sur les feuilles de lotus aquafuges, l'assaillant glisse naturellement à la surface de notre corps.
Toutes ces visions-sensations dessinent les contours possibles d'un corps cinétique. D'un corps énergétique ?
Si nous laissons de côté la forme apparente de notre corps humain pour nous vivre comme si nous étions sphère, pyramide, étrave, toboggan, cyclone, surface aquafuge... nous pouvons vivre notre corps, l'espace, le temps et l'assaut de l'assaillant d'une manière nouvelle et plus efficace.
Les exercices de l'aïkitaïso nous permettent de réformer notre schéma coroporel classique, ils nous font entrer dans la construction d'un nouveau schéma, plus vaste, plus ouvert, plus juste. Un schéma architecturé dans des formes géométriques, volumiques, simples, tournoyantes et vibrantes.
Se construire un nouveau corps intérieur, structurellement plus simple, bâti sur le principe de solidité de la voûte (structure de l'oeuf, des arcs-boutants, etc).
Puis développer la sensation de flux permanent, de courant continu (tel un fleuve puissant, un cyclone).
Puis transformer ce courant en sensation radiante, irradiante, "lumineuse" (une flamme, une phosphorescence).
Puis rejoindre la sensation de "l'énergie du vide", un espace-temps absolument et parfaitement neutre, mais agissant, où quiconque se neutralise par le fait même d'y pénétrer.
Qu'est-ce qu'un espace-temps parfaitement neutre ? Un espace-temps où se neutralise tout ce qui y pénètre. Car s'il en était troublé en quoi que ce soit, ce ne serait plus un espace-temps neutre. Un espace parfaitement neutre est donc nécessairement neutralisant, c'est-à-dire activement neutre. Le "budo" japonais, en tant, littéralement, que "voie d'arrêter la lance" (technique et chemin spirituel de non-violence et même de "dé-violence") a pour sous-bassement l'état dynamique du neutre parfait.
Et si le corps incarné était la rampe de lancement physique du corps énergétique ?
Rien à voir avec une "âme" pérenne qui aurait gagné le droit à l'éternité par la moralité de la personne humaine. Il s'agit ici de quelque chose relevant de la Physique - et plus de la Physique quantique que la physique classique : il y a un champ d'énergie universel, dont toute matière est issue et dont elle est une décohérence, autrement dit une sorte de "pli" ou de "grumeau" imparmanent destiné à rejoindre ce champ d'énergie, une fois "déplissé" par la déliaison finale de ses particules/ondes élémentaires. Le corps humain s'inscrit dans une biologie, autrement dit une "matière vivante". La conscience est elle-même une propriété énergétique émergente, soit émergeant de la matière vivante, soit directement issue de l'énergie "originelle". Mais quelle que soit l'hypothèse privilégiée, et quel que soit son mode de manifestation, il s'agit bien, depuis l'origine et in fine, d'énergie !
L'observation de la nature remplace tous les maîtres. A condition d'observer la nature, non seulement avec l'oeil, mais avec le coeur, avec le corps ; avec sensibilité et absorption mimétique.
Le mimétisme est la clé des apprentissages profonds. La compréhension intellectuelle ne suffit pas pour connaître un art et le faire vivre de l'intérieur.
Le sens du rythme, par exemple, ne s'enseigne pas et ne peut s'apprendre : il ne peut qu'être expérimenté dans une co-naissance avec ce qui bat le rythme. A commencer, à l'intérieur de vous-même, par votre propre coeur.
Par mimétisme sensible avec les battements de votre coeur, le rythme va habiter tout votre corps.
Par mimétisme avec les mouvements de la nature et des êtres qui la peuplent, ces mouvements et les qualités de ces êtres vont imprégner votre mémoire profonde et vous faire (re)naître avec eux, vous transmettant de nouvelles capacités d'être et d'agir dans le monde.
Le mouvement des vagues... Le frémissement de la végétation sous le vent... Les gestes souple du chat... Les ondulations du serpent... A l'infini les mouvements de la nature et du vivant ont "inspiré" les hommes, dont certains sont devenus des maîtres.
Avant les maîtres, il n'y avait pas de maître ; il n'y avait que le monde. Et des hommes se sont ouverts mimétiquement aux mouvements du monde, aux flux de la matière et de la vie. Ils ont observé l'étant et son devenir, non seulement avec les yeux de l'intelligence, mais "avec les tripes et le coeur", les sensations, le sensitif, le sensible.
"Secouez-vous les plumes" est un appel a sauter par dessus tout le verbe accumulé à propos de la technique, pour reprendre conctact avec ce que sait faire tout animal. Donc nous aussi, êtres humains que nous sommes !
Pourquoi aurions-nous perdu la sensibilité première dont est capable tout animal, dès sa naissance ?
Pourquoi ne serions-nous plus capables de percevoir et de ressentir le monde naturel comme l'animal que nous sommes toujours ?
Il suffit pourtant d'accepter de lever un peu les voiles qui encombrent la perception. Accepter de laisser les voiles de l'énergie première gonfler notre sensitivité naturelle.
Nous sommes tous des ours. Des ours et des serpents ; des aigles, des mulots, des mouches et des grenouilles ; nous sommes faits d'eau et sensibles aux mouvements de l'eau ; nous sommes de l'air et traversés de courants aériens. Nous sommes modelés par l'air et l'eau ; puis la Terre nous a accueilli. Ne l'oublions pas. Ne l'oublions pas, par le coeur !
Faudrait-il que nous réapprenions par coeur qui nous sommes ? Inutile. Nous le savons depuis notre origine ; nous le sentons au plus profond. Nous avons l'océan en nous ; son équilibre salin et ses mouvements cycliques et spiralés. Le bain amniotique de la matrice femelle, d'où nous sommes issus, est un bio-océan portatif. C'est de l'océan mobile, de l'océan nomade. Ainsi sommes-nous, sur Terre, tous porteurs de notre origine. Notre corps anatomique est une sédimentation des mouvements de l'océan d'où nous avons dénagé sur la terre, pour ramper, puis nous y dresser, libérant la boîte crânienne où l'intelligence cérébrale s'est alors développée.
Mais ne nous réduisions pas à cette intelligence. Elle est trompeuse, parce qu'elle semble pouvoir tout représenter. Or le sensible et le sensitif, si l'on en peut toujours parler - comme ici-même - doit être éprouvé et non seulement représenté. La parole et les symboles nous guident ; ils ne remplacent rien. Ils ne sont légitimes que parce qu'ils sont dépassables, et à dépasser. Sans ce saut dans l'au-delà du verbe, le risque est grand de tourner en rond dans les raisons et les raisonnements ; les échos du verbe sur lui-même, indéfiniment, dans sa plus haute et fallacieuse "intelligence des choses".
Alors, secouons-nous les plumes, comme des canards ! Ce n'est qu'un exemple parmi des milliers d'autres.
Tout le corps frémit d'un bout à l'autre de son axe, et l'eau est éjectée des plumes.
Qui a appris ce mouvement à l'oiseau ? Qui l'a appris au chien qui s'essorre ? Personne, aucun ascendant. Peut-être l'ont-ils appris par mimétisme. Peut-être est-ce dans l'hértage comportemental génétique. Auquel cas, nous le possédons aussi, nous, humains. Et nous possédons toutes les autres capacités d'ajustement physique et énergétique que possèdent les animaux. Y compris les mouvements par lesquels les animaux se protègent et se défendent. Y compris aussi ceux par lesquels ils attaquent. Leur "art martial".
Autrement dit : les techniques martiales transmises dans l'espace humain ne sont rien d'autre qu'une expression culturelle - variable suivant le temps, les lieux et les groupes sociaux - de connaissance corporelles et naturelles profondes. Nous ne les avons jamais apprises ; elles font partie intégrante de notre hardware biologique et sont susceptibles de s'exprimer spontanément à partir de lui. Pourvu que nous n'y fassions pas obstacle.
La question est - au delà de se secouer les plumes comme un canard, métaphore allégorique du geste naturel à retrouver en nous - : "Comment nous placer dans la configuration psychosomatique à partir de laquelle nos capacités naturelles vont pouvoir émerger et se développer ?"
Le travail d'un maître n'est pas de vous apprendre des techniques ; n'importe quel expert le peut. Le travail du maître consiste à vous guider vers l'état psychosomatique et énergétique à partir duquel votre propre nature va rendre sensible les capacités qui, depuis l'origine des temps, sont constitutives de votre biologie, du minéral jusqu'à l'humain, en passant par le végétal et tous les stades de la vie animal, aquatique, aérienne et terrestre.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, votre maître peut être, à la limite, un parfait ignorant. Ignorant intellectuellement et culturellement. Mais ce sera un maître s'il a déjà éveillé en lui tout son héritage de capacités biologiques, en toute conscience et sensation d'habiter cet espace intérieur et de le guider énergétiquement.
L'intelligence humaine, la conscience de l'égo, ce sont les dernières feuilles de l'arbre de la vie.
Si les feuilles se coupent de leur origine vitale, elles se privent de la sève, de la force du tronc et des branches, du réseau nourricier des racines.
Si l'écume croit exister par elle-même à la surface de l'océan... quelle illusion ! Elle n'a aucune autonomie, aucune existence autre que celle, purement conceptuelle, délimitée par le mot humain "écume".
Il en est de même de l'être humain tel qu'il se représente communément (et consensuellement ?). L'intelligence ? C'est un mot par lequel l'homme se plait à désigner quelque chose qu'il s'invente et qu'il autonomise par la puissance magique d'un concept. Une illusion intellectuelle, en somme. Un concept utile, certes, mais fallacieux, parce que sans réalité objective. Et le fait qu'il y ait une "culture" humaine, ou des productions "technologiques" qui seraient les signes et les preuves d'un "progrès"... ne prouve rien quant à l'existence intrinsèque d'une "intelligence" conçue comme une conscience autonome et agissante selon un libre vouloir fondé sur la "Raison".
Dans les stages d'aïkido, reprenons-nous contact avec notre nature profonde ? Avec cette nature enracinée dans la nature ? Le mot "nature" étant lui-même un concept, donc une abstraction, une invention de l'intellect, avec quoi pouvons-nous chercher à entrer en contact ? Avec une sensation profonde, non-verbale. La sensation biologique des origines. L'être-minéral-végétal-animal. L'intersection énergétique commune à tout cela. Et avant ? Avec un potentiel d'énergie qui produirait le monde et le vivant ? Qui sait...
L'ours ne se pose pas de questions. Il vit avec une parfaite économie énergétique. L'ours vit dans l'art et la grâce naturels de l'ours. Dans sa nature d'ours ni plus ni moins. C'est la perfection de l'animal que d'être continuement ajusté à lui-même, sans débordements ni sous-régime existentiels.
Le canard secoue ses plumes sans en avoir le projet intellectuel.
Tout n'est pas déterminé tel quel dans les gènes ; il ne faudrait pas négliger l'apprentissage mimétique dans le monde animal.
Mais l'apprentissage mimétique est possible à partir d'un terrain génétique qui le rend possible. Le mimétique ouvre le potentiel du génétique. Et, dans l'ordre humain, l'intellect ouvre le potentiel du mimétique. Et le spirituel peut être vu comme l'ultime cercle de conscience-énergie auquel nous donnons un nom. Il y a peut-êre d'autres expansions que nous n'avons pas encore nommées...
Vous pourrez donc copier votre maître aussi soigneusement que possible, par mimétisme ; mais tant que ce mimétisme n'aura pas pris racine dans votre propre nature biologique, dans votre propre ressenti psychosomatique et énergétique profond, vous ne serez que dans la manie : la décalcomanie !
En revanche, le jour où vous serez capable de vous "secouer les plumes" par vous-même, à partir de vous-mêmes et pour construire un "vous-même" en perpétuel devenir de conscience-énergie, alors, ce jour-là, vous vous apercevrez que vous auriez tout aussi bien pu suivre un ours que votre maître. Un ours, ou un canard ; ou une branche d'arbre, un roseau ; un tourbillon dans l'eau ; un nuage.
Mais vous serez alors, d'emblée, déjà tout cela.
disons que la question est mal posée mais vous y répondez globalement même si l'article d'après répondait indirectement a cette... read more
on Libre de se mouvoir...