[Troyes, amphi du Centre universitaire, place du Préau, vendredi 29 janvier 2010, 20h, conférence sur le zen. Jacques CASTERMANE prend la parole durant une heure. La voix est calme et posée. L'expérience de l'homme âgé s'impose. Il a appris la méditation zen en suivant la voie développée par le psychologue et philosophe Karlfried Graf Durckheim.]
Je ne vais pas résumer une telle conférence, ni le zen ! Je vais seulement faire part du contact que j'ai eu avec la pensée zen, d'une expérience de méditation, et du lien entre zen et aïkido.
Une découverte stimulante
En 1982, j'avais 17 ans ; je me souviens qu'en juin il y avait le Bac ! C'est cette année-là que j'ai commencé à pratiquer l'aïkido au Judo Club de Strasbourg, avec maître Clément Panza, un monsieur déjà d'un certain âge, pionnier du judo et de l'aïkido en France. J'étais un lecteur avide. Jamais les ouvrages que je lisais ne me semblaient déconnectés de la vie, de la réalité. Les livres étaient dans la vie. Ils ouvraient des portes, mieux, ils déployaient pour moi les dimensions possibles d'une existence à vivre. Lors de mes recherches, je suis tombé sur mon premier ouvrage relatif au zen, il s'agissait de L'esprit du zen d'Allan Watts . Je découvrais la pensée, ou plutôt la non-pensée zen. Je découvrais zazen, l'assise méditative, où l'on pose son attention sur sa respiration... sans rien d'autre, et qui est au coeur du zen. L'assise en zazen est le pilier du zen ; c'est même le zen tout entier. A l'époque, je ne comprenais pas vraiment ce qu'était, au fond, le zen. C'était un sorte de philosophie pratique orientale, fascinante, car minimaliste, et d'origine japonaise... comme l'aïkido. Puis je suis tombé sur les livres du maître zen venu le premier en France : Taïsen DESHIMARU (1914-1982). Au moment où j'achetais mon premier livre de lui, il devait être encore vivant, en 1982, et transmettre le zen dans son dojo parisien. Remontant la piste, j'ai lu dans la foulée les Sermons de Houei Neng (638-713), le 6ème partriarche de l'école bouddhique du dhyana (méditation) qui deviendra le véritable fondateur du zen japonais (le zen vient du ch'an chinois, qui lui-même vient du dhyana indien).
Une expérience troublante
Je me suis mis à méditer de temps en temps en zazen. Il y eut une fois où j'eus une expérience troublante. Rétrospectivement troublante, c'est-à-dire quelques secondes après l'expérience en question. Je méditais depuis peut-être 30 ou 40 minutes... A un moment, ma conscience s'était complètement dissoute. Elle n'avait pas pour autant disparue. Mais elle n'était plus verbale. Je n'étais plus dans la conscience néo-corticale. C'est comme si mon corps tout entier, mon être, était conscience, sans qu'aucun lieu en moi-même, aucun "moi je" puisse s'attribuer cette perception, cette sensation. A vrai dire, j'ouvris les yeux tout d'un coup, et pendant ce qui a dû durer seulement quelques secondes, 3 ou 4 guère plus, j'ai éprouvé quelque chose comme... la parfaite continuité entre moi et le monde. Ou, pour tenter de le dire autrement : quelque chose éprouvait que la conscience était un champ continu, infini, sans distinction de conscience entre ce qui allait bientôt réémerger comme distinct : la chambre, les arbres au dehors, le chant des oiseaux dans la cour, le ciel, l'univers... et "moi". Pendant 3 secondes, tout cela avait été UN, sans aucune rupture. J'étais dans un état de joie intense et sereine. Ma conscience individuelle est revenue très vite, mais sans crispation. Je crois que j'ai senti alors ce que voulait dire "être équilibré", harmonieux, rond d'une énergie chaude et lisse. Je n'étais donc déjà plus, à ce moment, dans un état d'unité, de UN, car dans cet état, je n'avais pas conscience d'y être ! Mais il y eut cet instant, assez court, de 3 ou 4 secondes, durant lequel j'avais comme un pied dans l'UN, et l'autre dans le monde des distinctions. J'ai senti puissamment que toute chose communiquait avec toute chose, et pour une bonne raison : elles avaient la même racine ! Elles émergeaient du même plan d'énergie, appelons ça ainsi. Toutes les choses distinctes que nous voyons, ce que nous perçevons comme dinstinct, séparé, comme "choses", ne seraient donc, en fait, en réalité, que des éléments qui émergeraient d'un socle unique ? De la même manière que les volumes et le pics d'un iceberg se distinguent l'un de l'autre en surface, alors qu'ils sont des émergence d'un bloc unique qui flottte sous la surface. Faire zazen semblait m'avoir ainsi tout simplement décanté. Mon corps-esprit, mon énergie - ce que l'on voudra, car comment en parler ? - avait réintégré la base énergétique commune. Impossible de savoir s'il y avait là-dedans une part d'autosuggestion ou autre chose. Mais j'ai vécu, j'ai fait l'expérience de quelque chose d'unique. Je comprends qu'on puisse en avoir la nostalgie. Tout est là, simple, naturel, évident pour la conscience ; il suffit seulement de desserrer l'étreinte, de décrisper la conscience sur elle-même. Je crois qu'une bonne image serait celle d'un drap, froissé, plissé, qu'on pourrait déplisser et lisser à l'aide d'un fer à repasser. Le "moi" (le "moi je") est un pli, ou un ensemble de plis, un complexe de plis, de froissements d'une surface sur elle-même. Faire zazen consiste alors simplement, très simplement, à laisser la surface de base retrouver sa forme initiale. Zazen serait le "fer à repasser" de la conscience, qui la fait redevenir plane, pleine et entière, sans plis. Le zen, et le bouddhisme, considèrent que l'énergie est équilibrée par nature, originellement ; mais notre être, notre petit être tout imprégné de vouloir, notre "moi", n'a de cesse de s'affirmer autonome, libre, distinct. Or il n'est ni détaché du reste du réel, ni fondamentalement distinct de celui-ci. Le "moi" seulement une émergence, un "grumeau" (les (astro)physiciens parleraient peut-être de "décohérence"). L'univers est fondamentalement équilibré, énergétiquement UN ; mais il y a des rides en surface ; et nous sommes, nous humains, l'une ou l'autre de ces rides. Notre conscience de nous-même nous joue le tour de nous faire croire que nous sommes des "individus" (des indivisibles, des unités pleines et entières, distinctes, autonomes et libres !) Est-ce un mal d'être une propriété émergente d'un plan plus profond ? Pas du tout ! Il n'y a aucune notion de Bien ou de Mal là dedans. Il n'y a pas de culpabilité à avoir. Il n'y a rien de grave ou de mauvais à être une "ride" de l'univers. Notre erreur, pour le zen, vient de croire qu'il n'y aurait que cela, le "moi", et de croire que toutes les choses sont séparées, distinctes, sans lien profond. Toutes les "choses" existent, c'est ainsi ! Mais l'erreur, c'est d'oublier leur filiation énergétique, c'est oublier leur origine, c'est négliger de vivre ces existances comme des formes émergentes d'un même terrain de base, d'une même "pâte". En soi, le pli, le "moi", n'a aucune existence propre, aucune existence intrinsèque : il est un événement dans cette pâte. En langage de philosophe on parlerait peut-être d' "accident" ; non pas dans un sens catastrophiste, mais pour dire que ce qui pour nous existe indépendemment n'est en fait qu'un froissement ponctuel, un pli momentané dans une materia prima (une matière première... "énergétique", à défaut de pouvoir le dire autrement). [Pour les mathématiciens, un lien est peut-être à faire, formellement, avec la "théorie" dites "des catastrophes", de René THOM .]
A l'époque, l'ouvrage le plus simple et direct que j'avais trouvé pour commencer à méditer était : La réalité du zen : le chemin vers soi-même, du maître Kosho Uchiyama Roshi, édité au Courrier du Livre, 1974. Cet ouvrage semble aujourd'hui difficile à trouver.
En pratique, comment méditer en zazen ? Réponse ici.
Et l'aïkido dans tout ça... ?
L'aïkido est une discipline martiale japonaise... issue d'un contexte socio-spirituel imprégné de bouddhisme, de shintoïsme et aussi d'un peu de taoïsme. Le fondateur, Morihei Ueshiba, était pratiquant du bouddhisme Shingon (=Chinkon), un courant ésotérique du bouddhisme (un peu comme les soufis représentent la branche ésotérique de l'Islam. Voir aussi l'ésotérisme chrétien, car la tradition occidentale n'est pas en reste, même si nous l'avons oubliée !) A notre connaissance historique, le zen n'était pas une des pratiques du fondateur de l'aïkido. Toutefois, les samouraïs pratiquaient souvent le zen pour se défaire de la peur de mourir, pour accepter l'impermanence des choses et de la vie, et aussi pour accroître leurs perceptions, leur vivacité, leur sérénité. Il est possible qu'ils aient ainsi quelque peu instrumentalisé le zen pour leurs propres intérêts guerriers. L'aïkido hérité du fond de pratiques de concentration, de méditation et d'exercices énergétiques, même si aujourd'hui c'est moins visible, et moins pratiqué. On peut pratiquer un aïkido seulement technique, ou gymnique ; on peut faire qu'il soit fortement imprégné par l'étiquette du dojo... Au début et à la fin, les pratiquants se mettent en seiza (à genoux, mains jointes devant le ventre, plus exactement devant le centre de gravité, le seika tanden), qui est une posture de méditation. Nous ne pratiquons pas le zen. Mais l'aïkido porte en lui une dimension et une recherche qui relèvent du zen. Sa voie est dans la voie du zen. Non pas dans la doctrine zen, si tant est qu'on puisse parler de doctrine... mais dans la réalité de ce à quoi renvoie le zen, dans la réalité à laquelle conduit la pratique de zazen (l'assise dans le UN). L'aïkido est, fondamentalement, un chemin, une voie de nature spirituelle, mais nous le savons : pas dans le sens d'une religion quelconque ou d'un dogme ; dans le sens où "spirituel" désigne le fond des chose, la réalité ultime, le socle énergétique avec lequel reprendre contact, le UN du monde, la non-dissociation. Tout cela se trouve dans le "aï" de "aïkido" ? "Aï" possède un sens actif et dynamique à l'intersection d'idées que l'on exprimera alors plutôt par des verbes : harmoniser, apparier, marier, faire concorder, concilier, unifier ; to blend (en anglais, qui signifie accorder des saveurs entre elles...). Je me souviens de cette parfaite définition de l'aïkido, trouvée je crois dans un Quid, peu avant que je ne me lance dans cette pratique ; la voici : "Aïkido : art de faire UN avec soi, puis avec l'autre." N'est-ce pas parfait, en si peu de mots ? Faire UN avec soi, c'est l'aïkitaïso qui nous y conduit, avec tous ses exercices d'équilibrage somatique et énergétique ; et faire UN avec l'autre, c'est précisément le travail incessant avec le partenaire qui nous y amène, par l'intermédiaire des techniques, qui sont autant d'outils pour harmoniser la rencontre et faire qu'une confrontation devienne une association... malgré l'assaillant (sinon ce serait de la danse, voilà la différence).
Rien n'empêche des aïkidokas de pratiquer un peu de zen... Mais un peu suffit-il ? A vrai dire, la quête est la même : vivre dans l'unité, avec soi-même, avec les autres, et dans l'univers tel qu'il est. Sur la base d'un vrai oui à ce qui est, même si notre conscience intellectuelle n'aura jamais en mémoire, dans l'espace de ses représentations, cette totalité de l'existant. Il faut accepter de ne pouvoir tout embrasser par la conscience intellectuelle. C'est un échec qu'il faut accepter avec le sourire. En revanche, il semble qu'il soit possible de tout embrasser par la sensation. La sensation de vivre. Il m'a toujours semblé que les poètes l'avaient parfaitement senti. Le poète (du grec poïein = créer du nouveau, de l'inédit ; entrer en contact avec la source énergétique originelle) est l'être dont l'esprit et le corps, le corps-esprit, tend vers l'UN ; c'est pourquoi il sent les choses, et les liens secrets entre les choses ; il les entraperçoit ; la poésie est une voie spirituelle... on parle d'inspiration, comme quoi la respiration, comme clé de voûte de l'accès au fond énergétique... Mais c'est là un sujet que je ne développerai pas ici, pas maintenant.
Pour finir, voici deux citations, parmi des milliers d'autres possibles :
"Pour faire de la place quelque part, il suffit d'enlever ce qui encombre. La place ainsi dégagée n'a pas été ajoutée.
Mieux encore, la place existait déjà même quand le lieu était encombrée." Ramana Maharshi
"Il est important de toujours se rappeler ceci : le principe du non-ego ne signifie pas qu'un ego existait en premier lieu, et que les bouddhistes l'ont supprimé. Cela veut dire, au contraire, qu'il n'y a jamais eu d’ego à l’origine, que cet ego n'a jamais existé. Cette réalisation est appelée le «non-ego»." Sogyal Rinpoché
[Commentaire rapide... je ne peux m'en empêcher... : L'ego (= le "moi je") existe, mais il est virtuel ; il ne fait qu'apparaître. Il est seulement une configuration de ce qui lui est antérieur. Une analogie : l'ego, ce sont les images qui s'animent sur votre écran de télé ou d'ordinateur. En elles-mêmes, ces images n'ont aucune réalité ; ce que vous percevez en tant qu'images n'a aucune réalité. La réalité, ce sont des éléments physiques qui s'allument et qui s'éteignent à vitesse rapide dans votre écran. Ceci est commandé par un flux de données qui passe par un câble ou une voie de communicaiton, quelle qu'elle soit. Les images sur votre écran sont ainsi des fantômes. Ces images n'ont pas d'existence en elles-mêmes, ce sont, à proprement parler, des apparitions. Pour le zen et pour le bouddhisme en général, c'en est ainsi pour l'ego, pour la conscience, pour la perception-sensation d'exister en tant que "moi je". On peut se demander ce qui permet cette illusion. Le langage (qui vous permet de dire "je", "moi", etc.) ? Par rapport à l'aïkido : qui agit lorsque vous faites une technique ? Vous ? Vous-mêmes ? C'est-à-dire... qui ou quoi au juste de vous agit en vous ? Etes-vous tout le temps "vous-mêmes" ? Le matin au réveil, par exemple... Et lorsque vous n'êtes pas encore tout à fait ce "vous-mêmes" que vous reconnaissez comme tel... alors, qui êtes-vous ?]
On me pose des questions sur le kototama, sur un mouvement de main proche du "touillage" (que je rapporte au meguri de Kobayashi) et sur le mot irimi (/tenkan).
J'en profite pour proposer ici mes réponses :
Kototama (ou bien kotodama)
Une piste : William GLEASON, A la source spirituelle de l'aïkido : le kototama (ou kotodama), Editions Guy Trédaniel.
Le kototama, ou "sons" sacrés ou "âmes-mots" du shintoïsme ne sont plus vraiment transmis en aïkido... Il existe parfois quelques courants sous-jacents qui les utilisent... mais je ne connais pas de transmission complète de la chose. Pour ça, il faudrait aller au Japon, et apprendre spécifiquement le kototama, chez les quelques derniers "experts"... Ceci dit, certains pratiquants de ceci ou de cela en possède des bribes... Si le fondateur de l'aïkido enracinait sa recherche martiale là-dedans, c'est parce qu'il partiquant le shintoïsme et le bouddhisme chingon (=chinkon), une branche ésotérique du bouddhisme, ou bien une branche du bouddhisme ésotérique... Tu peux trouver des choses là dessus sur le net...
Mais l'aïkitaïso, avec tous ses exercices, présente l'avantage de garder les pieds sur Terre, tout en permettant de travailler à mesure humaine, celle d'un débutant, des choses relevant de l'énergétique. (Les gens, n'importe qui, sans préparation partculière, peut pratiquer le chi-kung (ji gong) et suivre des cours, aujourd'hui. Pourtant, les exercices énergétiques que propose le chi-kung sont loin d'être anodins.)
Le principe c'est d'y aller doucement et de ne jamais vouloir entrer en compétition, ni avec quelqu'un, ni avec soi-même. Ne pas dépasser ses limites. Par exemple, un exercice respiratoire ample, mené sur plus de trois cycles, peut déjà occasionner une suroxygénation, et on peut voir quelqu'un tomber par terre, ivre d'oxygène ! Il faut savoir ce que l'on fait, posséder les connaissance anatomiques et physiologiques de base... et ne pas faire faire aux gens des trucs pour lesquels ils ne sont pas venus.
Mais on pourrait en discuter.
Le meguri
Des "petits cercles avec sa main(+bras), genre remuage de potage."
Amusant, mais pas mal, l'image...
http://www.3aikido.org/le-blog/43-aikidojournal/56-quest-ce-que-meguri-.html
Tu vas tomber sur une page du blog du site de l'AAA : l'Académie Autonome d'Aïkido, dont le chef de file est André Cognard (du côté de Lyon) élève direct de Maître Kobayashi.
J'avoue que leurs orientations et leurs recherches vont dans le sens de ce qui m'intéresse et à quoi je suis sensible...
Irimi / tenkan ; Omote / ura
Initialement :
iri : entrer (dans la maison)mi : enfant dans le ventre de sa mère
Sens martial :
irimi --> pénétrer dans la sphère de l'autre, au coeur de la situation, pour devenir le centre du mouvement.
Et tenkan ?
C'est l'idée de la roue qui tourne. Mais là aussi il s'agit de tourner pour devenir le centre, pas pour s'échapper.
Le tenkan permet de laisser passer l'autre, mais pour faire en sorte qu'on se retrouve au centre de la situation.
Le tenkan est nécessaire quand il n'est pas possible de pénétrer (irimi) directement dans l'assaut de l'autre (par exemple quand il attaique trop puissamment ou profondément).
Le choix dépend de la relation à l'autre, du ma-aï (de la distance physique ET psychique), etc.
Ne pas confondre tout à fait irimi (qui est un principe d'entrée) et irimi nage (qui est une technique) : d'ailleurs, irimi nage peut s'envisager avec un tenkan, au départ... c'est d'ailleurs la forme que l'on montre souvent en premier, avant celle où on entre directement (et qui exige de mieux maîtriser l'angle d'entrée sur l'autre).
Omote, c'est passer devant l'autre, côté face, donc. (On parle aussi de "positif")
Ura, c'est passer derrière l'autre, côté pile. (On parle aussi de "négatif")
Les débutants pensent parfois que pour entrer en Ura on fait forcément un tenkan. Eh bien non. Ils pensent réciproquement que l'entrée en omoté se fait forcement avec irimi. Pas forcément. Tous ces éléments (ou critères) peuvent se combiner. Ensuite, tout n'est optimal au plan martial ; ça, c'est encore autre chose !
Une meilleure traduction-explicitation de omote / ura serait :
omote : l'endroit, le côté visible, le côté du manifesté (géologiquement, l'adret : wiki--> L'adret (terme géographique de 1927 issu du vieux français adrecht - adroit, endroit ou bon côté désigne les versants d'une vallée de montagne qui bénéficient de la plus longue exposition au soleil.)
ura : l'envers, le côté invisible, le côté du non manifesté (géologiquement, l'ubac : wiki -> L'ubac (ou « envers ») est un terme géographique issu du franco-provencal (à l'origine opacus : obscur, sombre) qui désigne les versants d'une vallée de montagne qui bénéficient de la plus courte exposition au soleil.)
Pour un débutant, il est plus difficile d'entrer directement en irimi. C'est pourquoi on fait souvent bouger les débutants avec des tenkan au début des mouvements... afin de les mobiliser, afin qu'ils agissent sans trop se poser de question, dans une dynamique qui emporte leur corps (sinon ils se mettent à penser à la technique... et ils s'empêchent de découvrir ce que leur propre corps peut faire par lui-même).Les positions fixes risquent de figer l'esprit et le corps. Toutefois, pour apprendre convenablement la forme technique pure, il est important de pouvoir en "tracer les lignes" pour elles-mêmes, comme on forme des lettres sur les lignes horizontales d'un cahier quand on apprend à écrire. Bref, il faut passer d'un mode d'apprentissage à un autre... au bon moment.
Un jeune chat demande à un vieux chat le secret des arts martiaux.
- Commence par te tenir droit, répond de suite le vieux chat.
- Pas facile, maître, je suis un chat. Et un chat avance à quatre pattes.
- Certes, répond le maître. (Un temps. Sourire). Tu n'es pas un idiot, toi... Tu as raison : ne nous confondons pas avec les humains. Ce sera ta première leçon : à chacun selon ses capacités. Ne demandons pas aux chats de faire ce que font les humains. Ni aux humains ce que font les chats. Mais, petit - vu mon âge, permets-moi de t'appeler "petit" - se tenir droit, c'est aussi à l'intérieur que cela se passe.
- Et comment fait-on ?
- On médite.
- Méditer ?
- Oui.
- Mais moi, ce que je veux, c'est de l'action, bouger, me battre, m'éclater, quoi !
- Tu verras, en méditant, tu vas aussi t'éclater. (Le maître sourit). Cela fait quarante-cinq ans que je médite tous les jours et...
- Maître !
- Mmmm... (Le maître, qui n'aime pas être interrompu)
- Je veux bouger. Je suis jeune. Vous étiez moine à vingt ans ; pas moi !
- Et tu veux connaître le secret des arts martiaux, comme ça, là, tout de suite !
- Oui.
- (Le maître, visiblement décontenancé). Tu vas être déçu.
- Ah...
- Sache-le : il n'y a pas de secret.
- Ah bon ?
- Non. Rien. Rien que je puisse formuler ni tracer d'une patte sur le sable. Le secret, s'il y en avait un, ce serait de te tenir assis en silence durant quelques années, sans miauler. Pas même à l'intérieur de toi-même. Pas une plainte. Pas le moindre soubresaut. Comme une pierre qui coule au fond d'un lac.
- Vous me parlez d'un chat mort, là, c'est ça... ?
- D'une certaine manière. En méditant, tu as déjà un pied dans la tombe.
- Ca fout les chocottes, ce que vous dites, maître...
- Suis-je là pour te rassurer... ?
- Euh... Les anciens sont là pour guider les plus jeunes non ? Je ne suis qu'un novice, je n'y connais rien, vous êtes un maître reconnu, et je ne suis qu'un "petit" effronté...
- Mais tu n'es pas idiot. (Pensif) Ce doit être ton sens de la répartie qui t'empêche de méditer.
- Ah...
- Tu as déjà perdu un quart d'heure en causeries. Pendant ce temps, cette fleur, là, s'est ouverte. En as-tu fait autant...?
- Non... (interrogateur). Quel rapport entre moi cette fleur ?
- Tout, justement ! Le jour où il t'apparaîtra évident que tu ES cette fleur, tu connaîtras "LE" secret des arts martiaux. (Le maître se frotte les moustaches d'une patte pensive, l'air satisfait).
- Je suis une fleur, je suis une fleur... ! (Le jeune chat danse dans l'herbe.)
- Et aussi cet arbre.
- Je suis un arbre, un arbre... !
- Et ce pré, cette forêt, ces monts et ces vallées, la planète, l'univers... !
(Le jeune chat s'étale à plat-ventre, la mine renfrognée.)
- Faut pas exagérer... Maître, je ne peux quand même pas faire comme si j'étais l'univers tout entier ; je ne peux pas jouer à ça.
- Qui parle de jeu... Ce n'est pas un jeu. Tu t'asseois, tu coinces ta langue pour qu'elle arrête de gigoter dans ta bouche, tu plisses les yeux pour ne pas être ébloui, sans pour autant t'endormir, et tu DEVIENS l'univers. Question de choix. Tu choisis. Tu ES ou tu n'ES pas.
- Je suis un chat.
- Rien que cela ?
- Ben oui...
- Et d'où vient-il, ce "chat" ?
- Mère, père...
- Et avant ?
- Grand-mère, grand-père...
- Et avant ?
- Arrière grand-mère...
- Ca va, j'ai compris. Mais AVANT... ?
- Avant, avant... Au tout début, qu'y avait-il...?
- Bonne question. La première.
- Et c'est ça, le secret des arts martiaux ?
- Pfff... (D'une griffe, le maître se cure une canine. Un temps.) Mais par tous les ancêtres-chats, pourquoi seulement veux-tu connaître le secret des arts martiaux ? Je t'ai dit qu'il n'y en avait pas, de secret, et tu persistes !
- Mais vous m'avez parlé de méditation ; et maintenent, de m'identifier à l'univers.
- Et tu vois le rapport ?
- Non.
- Désespérant... (soupir)
- Je devrais donc être comme un chat-mort-identique-à-l'univers... ?
- (Sourire du maître, pour lui-même) Il y a de cela, petit... De toutes façons, tu ne comprendras pas le sens profond des arts martiaux avant quarante ou cinquante ans.
- Ben j'en ai seize, là. Donc dans vingt-quatre ans. Cool... jouable...
- Non ! Dans quarante ans de pratique assidue minimum, à partir de maintenant !
- Donc quand j'aurai cinquante-six ans... ?
- Oui. (En lui-même le maître se tord de rire, mais sa moustache ne frémit pas, impassible.) As-tu le courage de t'y mettre ?
- J'ai déjà un peu pratiqué, je ne suis plus tout à fait débutant, mais...
- Ah, très bien. Et qu'as-tu fait ?
- Un an de griffjutsu, huit mois karamiaule et six de ronrondo !
- Bien, bien... De ronrondo... ben ça alors... (Le maître, qui n'en revient pas, pouffe, impassible). Et le ronrondo est un art martial qui consiste à... ?
- A ronronner sur un canapé.
- Et ?
- Et ça marche : ils viennent tous me caresser, les humains !
- Ah, décidemment, je les avais déjà oubliés, ceux-là.
- En fait, je ne fais rien (comme souvent). Je ronronne, c'est tout. Je suis juste là, sans penser à rien. Je suis bien, je suis pelotonné sur moi-même, j'ai bien chaud... Je ne dors pas. Je guette juste d'un oeil pour voir si quelqu'un arrive. Enfin... quelque chose en moi reste en éveil, au cas où... mais sinon l'essentiel de moi-même est tranquille, bien posé, entre deux coussins sur ce canapé juste assez ferme mais dont le moelleux subtile flatte les coussinets de mes pattes et mon ventre. J'attends. Je ne sais pas quoi. Rien, en fait. Je perçois aussitôt les intentions de celui ou de celle qui s'approche de moi. Si je ne ronronne pas et que "je fais la pierre", elle ou il ne s'asseoit pas. Si j'ai envie qu'on me touche, je ronronne, et ça ne rate pas. Hop, l'humain se pose à côté de moi et met sa main sur mon dos ou mon flanc... et parfois même il finit par s'endormir. S'il me tombe dessus, je saute du canapé et je vais voir ailleurs, sans regret. Les humains sont comme à notre service, après tout. Ils sont assez stupides pour s'imaginer l'inverse. Il y a toujours de la pâtée ou des croquettes dans la gamelle. Sinon, on va voir ailleurs. Pas d'attache. Une vraie vie de chat. Je suis toujours bien avec tout le monde, moi.
- Alors, pourquoi vouloir pratiquer un art martial, petit...?
- Un autre chat m'a griffé, on s'est battu, sauvagement. Il m'a piqué ma souris. J'aurais voulu l'en empêcher. Je me suis fait avoir. J'étais trop faible, trop malingre par rapport à lui, et sans technique.
- Le ronrondo ne t'a pas aidé...?
- Maître... ne vous moquez pas... C'est pas gentil.
- Ni le karamiaule ? Ni le griffjutsu ?
- Je lui ai à moitié crevé un oeil.
- Il ne faut jamais faire les choses à moitié. Maintenant, il va vouloir se venger.
- J'aurais dû le rayer du territoire ?
- Pas du tout. C'est TOI qui n'aurais pas dû faire les choses à moitié, en ne faisant que deux ans et deux mois de pratique martiale. Et encore : de trois arts différents.
- Et alors, c'est bien, la variété. Ca donne plus de techniques.
- Attends d'avoir pratiqué dix ou vingt ans avant de te diversifier. D'ailleurs, après vingt ans, tu n'en auras même plus besoin. Tu comprendras à l'intérieur de toi que les principes profonds sont les mêmes.
- Alors (jubilant), c'est ça, maître, le secret des arts martiaux ?
- Tu ne perds pas le Nord, toi ; tu as les idées fixes !
- On me l'a déjà dit. Je mords, pas fort, mais je ne lache plus.
- Et tu essaies de me faire cracher le morceau !
- Je croyais qu'il n'y avait rien à cracher. Vous m'aviez presque convaincu, maître...
(Un temps.)
- T'es un sacré "petit" gaillard, toi. On dirait bien que ton sens de la manipulation est inné. Ce n'est pas en soi une qualité. Mais tu l'exerces avec sympathie et non sans humour. Et l'humour, c'est l'art martial des mots. L'humour désamorce les conflits. L'humour, c'est le non-combat verbal. On ouvre les portes que l'autre veut pousser ; on décale l'ensemble ; on prend le centre par le rire, et on conduit qui on veut où l'on veut. L'art martial idéal, c'est l'humour qui vit dans tout le corps. Certains parlent de "joie" ; mais c'est une joie humoristique. Si tu es dans un état de joie humoristique, c'est que toute ton énergie circule librement, pleinement et harmonieusement dans tout ton corps de félin. Est-ce que tu vois ce que je veux dire...?
- Pas du tout.
- Ne fais pas l'idiot. Tu saisis mieux que tu ne veux le dire. Les techniques martiales ne sont que l'expression de la joie intérieure. D'une joie profonde. La joie qui naît de l'autre côté du miroir de la mort.
- Maître... je ne comprends vraiment plus rien... (Le jeune chat se tord les pattes.)
- Une fois que tu es mort, après trente ou quarante ans de méditation, tu reviens, tout joyeux.
- Mourir, revenir, être joyeux après avoir été mort, mais, maître....
- La mort n'a plus aucune prise sur toi. Tu es comme à nouveau vivant, vraiment vivant, cette fois. Pas la petite vie d'avant. La demi-vie du chat de canapé (j'admets pourtant que sur ton canapé, tu étais quasiment en état de méditation, - ce qui me laisse espérer en ce qui te concerne), cette demi-vie de flemme est comme l'envers d'un tapis dont tu n'aurais jamais vu les vrais motifs, chatoyants et colorés. Le chat qui revient de la mort est ainsi, précisément : "chatoyant" ; il est comme passé de la flemme à la flamme !
- Maître, vous êtes un poète...
- Tu ne m'auras pas avec tes compliments, petit ironiste... Mais ils me touchent quand même... (Cette fois, le maître sourit au disciple, car c'en est devenu un.) Je vais te dire : tu as l'esprit et le désir. Il te reste à apprendre les techniques pour jouer de ton propre corps comme d'un instrument de musique. Mais sache que je ne t'apprendrai qu'une technique par an.
- Une... une seule ?
- Oui. Et c'est bien suffisant.
- Comment ça, pourquoi ?
- Trop de techniques étoufferaient ta spontanéité et l'énergie de ta jeunesse.
- Mais je vais m'ennuyer, avec une seule technique tout une année, c'est long !
- Tous les Noël, pendant que nous nous ferons les griffes au pied du sapin des humains, je t'enseignerai une nouvelle technique. Ce sera ton cadeau. Mais cette unique technique sera pour toi un germe à partir duquel tu vas inventer toi-même toutes les autres, toutes celles qui te viendront. Je sens en toi une énergie créative. T'en donner plus, ce serait la contraindre dans un moule trop étroit. Dans six mois tu arrêterais, déçu de ne pouvoir t'exprimer toi-même, et tu passerais à autre chose. Je te donne une technique, et toutes tes erreurs et tes essais te donneront les autres. Je suis là pour te guider. Prends ma technique et insuffles-y ton humour, par tout ton corps !
- Et... ?
- Et nous verrons si le miracle se produit.
- Le miracle ?
- Oui. "Le" secret des arts martiaux.
(Le maître sourit, une patte levée. Clin-d'oeil.)
FIN
Complément
Jiyu jizai : liberté absolue qui résulte de la conscience de sa propre nature en tant qu'elle est l'univers lui-même (terme bouddhiste).
Derrière se tient l'idée ou principe selon lesquels les techniques germeraient d'elles-mêmes à partir de cette prise de conscience, par tout le corps-esprit, de l'identité profonde entre soi et l'univers. Cette liberté absolue est une créativité absolue. La conséquence concrète est qu'alors il ne serait pas nécessaire d'apprendre des techniques, en tant que formes distinctes dans une "nomenclature" qui circonscrirait l'ensemble des techniques par lesquelles un art martial existerait ; mais qu'au contraire l'apprentissage de techniques distinctes risquerait d'obscurcir la créativité fondamentale, qui est celle, d'abord, du débutant. Bien entendu, les extrêmes, réduits à eux-mêmes, sont inefficients pour progresser. Il convient donc également de transmettre des techniques distinctes. Mais pas pour elles-mêmes : comment moyen, comme "outil" de libération de la créativité qui préexiste en chacun, en tant qu'il est susceptible de dépasser son "moi" commun pour s'ouvrir à l'univers et faire résonner en lui, en son corps-esprit, la totalité de l'univers en tant que potentiel générateur des "mille est une formes". Ce cheminement de "culture de soi" est bien la "voie", qu'il s'agisse d'un "do" martial ou d'un "do" artistique. Tout activité humaine, en tant qu'elle travaille à ouvrir la créativité, la source du potentiel générateur, est une voie spirituelle. Le principe profond à la source des techniques martiales est la créativité libérée ; le cheminement sur la voie consiste à dénouer les liens de cette créativité pour donner à sa source sa plénitude d'expression. Il n'y a pas plusieurs sources, selon les arts et les domaines ; il a une source ; c'est l'esprit humain et les divers domaines d'expression et de réalisation mis en oeuvre par les cultures qui orientent et conditionnent le "génie" de cette source première.
"Quel est le travail de uke... ?"
A cette question qu'un pratiquant du club me pose, je réponds ce qui suit. Mais peut-être un autre jour aurais-je répondu un peu autrement. (Mais pas fondamentalement autrement.)
Le travail de uke...
Le "rôle de uke", après 25 ans de pratique j'ai posé la question
récemment à l'enseignant (Jean-Pierre Lafont, 6ème dan) dont je suis
les cours en école des cadres tous les mois. Il m'a répondu : "Il n'y a
pas de rôle d'uke"...
Je reste un peu sur ma faim. Il n'est pas très loquace et se méfie des
mots...
(La réalité, nous n'y avons accès que par nos perceptions. Et ces perceptions sont filtrées par les concepts, les notions et les mots qui conditionnent notre pensée, c'est-à-dire par le langage. Se méfier des mots pour finalement les rejeter est donc absurde. Mieux vaut apprendre à les utiliser, à devenir maître de leur(s) sens et de leur(s) limites... toujours extensibles. Comme les technique d'aïkido, les mots sont des outils de travail sur soi. En pénétrer le sens et peaufiner nos perceptions par leur usage - au moins double : prosaïque ("propre") et poétique ("figuré" ou métaphorique) - est une discipline en soi. Ce n'est qu'à un certain niveau de maîtrise que les mots ne sont plus des obstacles. Tout comme les techniques martiales... pour le maître.)
En fait... il y a plusieurs manières de travailler à deux, il n'y en a pas qu'une seule.
Pour simplifier :
Ju no geiko = travail souple, sans résister, uke accepte de "suivre".
Go no geiko = travail ferme, uke tient sans "suivre".
De toutes façons, pour l'instant nous ne travaillons pas "réellement" dans des situations d'attaque réelles, n'est-ce pas?
Les attaques ne sont pas réelles, et pour cause. Et en conséquence, les
techniques de défenses ne sont pas appliquées réellement pour se
défendre. (D'ailleurs, au passage, quand on est vraiment dans l'aïkido,
on ne se "défend" pas. Il n'y a pas 1 l'attaque et 2 la défense. Ca
fonctionne en système, ensemble, de façon synchrone. En "concordance" :
peut-être le meilleur des mots pour traduire en français la notion d'"aïki". Et "aïkido" pourrait être traduit par "concorde", c'est-à-dire
la concordance - notion mécanique et plus largement fonctionnelle -
déployée dans l'ordre moral et éthique en "concorde". La concorde idéale entre tous les êtres vivants... - et non vivants, ai-je envie de préciser.)
Pour l'instant, je transmets la forme des techniques ; c'est comme de tracer les formes des lettres sur un cahier quand on apprend à écrire. Il serait ridicule que uke résiste et s'oppose.
Mais précise ta question et je répondrai.
(La suite de ma réponse est donc à venir...)
P.S. : "uke / tori" à distinguer du sens du couple de mots "aïté / shité (ou nage)"
"uke / tori", ce sont des termes issus du judo. "Uke" c'est celui qui
"chute" (uke --> ukemi) et qui "subit" la technique, et "tori" c'est
celui fait envoie "uke" chuter ! Alors qu'en aïkido, on préfère "aïte"
(celui qui reçoit la technique et qui donne son corps et son geste pour
que l'autre puisse travailler) et "shite" (celui qui exécute la
technique et aide "aïte" à la recevoir). Perception des choses très
différente. Le sens des mots porte une tout autre vision ; ce n'est pas
qu'une affaire de sémantique, mais bien de vision et de compréhension
profonde de ce que nous faisons (ou pas).
Le bouquin que je conseille toujours vivement pour comprendre ce qu'est l'aïkido et où on va avec, est : Aïkido, un art martial, une autre manière d'être, André PROTIN, Edition Dangles.
http://www.aikidotakemusu.com/
Et n'hésitez pas à lire en entier l'article de Philippe VOARINO : "Faut-il toujours brûler l'hérétique ?" (éditorial)
Et aussi ceci, sur "la méthode Saïto" et tout particulièrement la notion de kotaï : http://www.aikidotakemusu.com/article296.html
Cet article répond à certaines questions que je me posais sur l'usage pédagogique de kotaï (go no geiko) et sa place dans l'apprentissage du pratiquant depuis ses débuts.
Dernière séance de l'année, ce vendredi 19 juin 2009, à Montier-en-Der, au dojo.
Jean-Pierre Lafont nous donne à voir... nous donne à faire... et à réfléchir au processus qui relie l'Assaillant au Neutraliseur.
Voici brièvement quelques points qui se sont dégagés pour moi et qui me paraissent essentiels :
<1> L'assaillant est "pris" dans notre technique. La technique que le Neutraliseur exécute pose des "rails" ou pose une "forme" dans laquelle va se couler l'assaillant, sans qu'il ne puisse faire autrement.
<2> Le Neutraliseur n'anticipe pas l'attaque par son mouvement. Il est possible qu'il anticipe certaines choses mentalement, par sa vigilence, mais il ne les anticipe pas par un mouvement du corps (que pourrait d'ailleurs percevoir l'assaillant).
<3> Il faut d'abord couper l'Assaillant. L'aïkido, dont on dit parfois qu'il est "irimi et atémi", demande donc de pénétrer dans la sphère de l'autre pour prendre son centre. La coupe qui débute tout mouvement permet de prendre ce centre. S'agit-il d'une "vraie" coupe ? Ou bien de l'esprit de la coupe ? Autrement dit, plutôt le fait de pénétrer pour prendre le centre... même s'il ne s'agit pas mécaniquement d'une coupe... ?
<4> C'est après la coupe initiale que vient la technique d'aïkido. La technique d'aïkido permet de guider/canaliser l'Assaillant, mais seulement après avoir réalisé la coupe initiale de prise de son centre. Sans cela, la technique d'aïkido ne peut être exécutée.
Chacun de ces 4 points est susceptible de modifier voire de bouleveser notre façon d'envisager la réalisation de nos techniques d'aïkido.
Chronologiquement, le processus est donc :
Attendre l'attaque
--> Couper l'Assaillant pour prendre son centre
--> Réaliser la technique qui canalise l'Assaillant
--> Laisser l'autre être pris dans cette canalisation... qui le neutralise.
On s'en doute, pour que cela fonctionne, il n'y a pas plusieurs temps. Il y a "tuilage" d'un temps sur l'autre ; pour parvenir un jour à ce qu'il y ait fusion de ces temps en une seule action ( = un seul acte de présence au bon moment, au bon endroit et avec la bonne forme ).
Conséquences logiques des points précédents :
Attendre l'attaque : Cela veut-il dire que l'on n'entre pas quand l'Assaillant arme (son shomen par exemple)... ? Attendre jusqu'à quel moment... ? Jusqu'à laisser passer l'attaque ? Ce n'est sûrement pas restrictif à ce point-là.
Couper l'Assaillant : Ce n'est donc pas la technique d'aïkido qui permet d'entrer, ce n'est pas elle qui est "efficace" en premier lieu ; il y a autre chose. Et cette chose c'est le fait de pénétrer par une coupe qui prend le centre. C'est peut-être un peu fustrant de prendre conscience que ce n'est pas la technique d'aïkido qui détient l'efficacité... Au contraire : la technique d'aïkido est tributaire de la qualité de l'entrée (de la qualité de l'irimi-atemi... "atemi" étant à comprendre comme "bonne prise de distance", et non pas comme "percussion", interprétation occidentale.)
La technique canalise l'Assaillant qui y est pris : Qu'est-ce qui fait que l'autre se coule dans la forme technique, ou qu'il s'y "encastre", en quelque sorte ? C'est qu'il ne peut pas faire autrement (s'il peut répondre et assaillir à nouveau, c'est que la technique a été mal effectuée !) Ce n'est donc pas au Neutraliseur de s'adapter à l'assaut de l'Assaillant, à sa forme d'attaque. Autrement dit : une technique d'aïkido n'est pas là pour s'adapter à une forme d'attaque (sacrée surprise !) ; une technique d'aïkido vient canaliser quelqu'un dont le Neutraliser a déjà pris le centre. Mais alors... pourquoi telle technique d'aïkido plutôt qu'une autre... ? En effet, si le centre de l'Assaillant est pris, toutes les techniques (ou presque) deviennent possibles. Alors... à quoi servent les techniques d'aïkido proprement dites, chacune dans sa spécificité, si, à ce stade de la prise du centre de l'Assaillant, n'importe laquelle peut être utilisée ? (J'ai quelques idées...)
Denières choses :
> il faut bouger son propre axe (vertébral) pour bouger l'axe de l'autre. On "coupe"avec tout son corps. Ce n'est pas avec les membres supérieurs qu'on bouge l'axe de l'autre. Il faut capturer son axe, décentrer l'Assaillant, un petit peu suffit pour pouvoir engager une technique.
> "couper" ne veut pas nécessairement et seulement dire "couper avec les bras", mais renvoie à l'idée de "couper avec tout son corps". Autrement dit : de faire irimi-atémi avec tout son corps. Comme un "carreau" de pétanque (une boule prend la place exacte de l'autre) ? Et seulement ensuite un technique d'aïkido canalise le corps déstabilisé... Mais quelle technique ?
Je complète (26/06/2009) :
L'idée de prendre la place de l'assaillant ( = l'endroit physique où il se trouve) n'est valable que dans le cas où l'on peut entrer directement en irimi. Lorsqu'il n'est pas possible d'entrer directement en irimi et que l'on doit faire tenkan, on ne prend pas la place de l'autre... mais tout en laissant passer l'attaque on place son axe en un point qui devient le centre de l'action, son axe.
Dans tous les cas, on place son axe au centre de l'action en créant ce centre. Et l'autre se retrouve en périphérie de notre axe. De la position de l'assailli, on se place dans une situation physique qui permet d'être le pivot du mouvement global. Tout en plaçant ce pivot au bon endroit (ma-ai par rapport à l'autre) il faut couper l'assaillant pour le déséquilibrer (légèrement). Cette action globale a un effet de neutralisation (l'assaillant arrive au bout de l'expression de son mouvement ; il est en quelque sorte, à cet instant, "au bout du rouleau" de son geste d'attaque). Ce n'est qu'ensuite qu'intervient la technique d'aïkido : il devient possible de le guider par une technique parce que son attaque a été neutralisée par notre placement initial et par une coupe à l'intérieur de son assaut.
Art de faire de l'autre un satellite ? Rapport Soleil (point central de référence) / Terre (satellite) ?
Peut-être. Mais sans se laisser ensuite entraîner par l'énergie cinétique centrifuge (celle qui rejette à la périphérie). Un bon dosage entre force centrifuge et force centripète (celle qui ramène au centre) est requis (pas facile !). De même qu'un bon dosage entre gravité (du bas du corps) et légèreté (du haut du corps), force descendante et force montante.
Si je ne devais retenir qu'une seule chose, ce serait de ne pas commencer par faire une technique d'aïkido en réponse à une attaque
A la limite, la technique est secondaire. C'est dans doute cela qui est le plus frustrant pour un pratiquant de techniques d'aïkido !
Si l'essentiel de l'aïkido n'est pas dans ses techniques... qu'est-ce qui le différencie d'autres arts martiaux qui tous, quels qu'ils soient, pour être "efficaces", nécessitent de mettre en oeuvre, en premier lieu, les bases du placement du corps dans l'espace, un bon ma-ai, un bon timing (sen no sen = "le temps dans le temps)... ?
Si l'essence de l'aïkido n'est pas dans ses techniques, un pratiquants d'aïkido qui maîtrise l'essence de l'aïkido peut user de n'importe quel technique, qu'elle soit ou non une technique réputée être dans la nomenclature de l'aïkido.
Finalement, il n'y aurait pas de techniques proprement aïkido. Les techniques que la tradition nous propose ne sont peut-être là que pour développer la perception du centre, de l'axe, du ma-ai, du timing, etc. Elles sont là comme outils pédagogiques, comme moyen et "cas" d'apprentissage, comme superstructure, comme échauffaudage pour construire l'édifice intérieur pendant des années. Mais une fois l'édifice intérieur construit, tout fait technique, tout est bon.
Merci pour vos compléments.
PH
A défaut d'un autre titre, c'est celui-ci qui m'est venu spontanément : le sens de la pratique.
Ne devrais-je pas écrire "les" sens de la pratique. Les sens des pratiques ?
Plusieurs pratiques possibles de l'aïkido. Et plusieurs sens à donner à ces pratiques.
N'y a-t-il qu'une seule direction ? Probablement pas.
Qu'a fait Maître Ueshiba en fondant l'aïkido ? Il a fait quelque chose qui était bon pour lui ; puis il l'a proposé aux autres. Mais n'est-ce pas à chacun, avançant dans sa liberté et sa responsabilité (d'abord envers soi-même), de se cultiver et de se construire à l'aide de l' "outil" aïkido proposé par Ueshiba et par ses élèves (nos maîtres actuels) ?
L'aïkido n'est pas une finalité. Il ne s'agit pas de sacrifier son corps, son esprit, sa vie ou que sais-je encore au profit d'un aïkido idéal, le seul qui serait digne d'exister, le seul qui aurait toute légitimité à être, qui aurait droit de cité, les autres formes de pratiques et visions des choses pouvant remballer leus affaires.
Dit autrement : les chapelles, les églises, les dogmes, les ambitions, tout cela mérite qu'on en rigole haut et fort à gorge déployée. Si vous ne donnez pas vos voix aux chapelles, il n'y aura personne pour chanter pour elles !
Toute forme de dogme ou de "pensée unique" veut vous modeler à son profit.
Demandez-vous qui vous êtes vous-mêmes ? Que pouvez-vous devenir ? Que voulez-vous devenir ? Que vous destinez-vous à devenir ? Où est votre autonomie fondamentale, et comment la développer ? Quel est ce chemin unique que vous seul pouvez tracer et qui alors, oui, enrichira telle ou telle école, mais du fait du développement de votre richesse unique, de votre "exception personnelle" ? Ce sont les sentiers personnels qui font les voies. Ensuite les voies fascinent, et les individus les suivent ; mais tant qu'ils les suivent, aucun ne trace son propre chemin. Il faut se faire sa propre voie ; et peut-être recoupera-t-elle une autre voie, peut-être recoupera-t-elle plusieurs voies, mais qu'importe ! Ne devenez pas prisonnier d'une voie, c'est tout.
Voulez-vous être un nouveau robot humain, un petit soldat dans une pyramide de distinctions ?
Voulez-vous voir votre figure gravée au fronton d'un temple, dans l'histoire des hommes et dans le torrent des siècles ?
Cherchez-vous une distinction sociale à l'intérieur d'un système, quel qu'il soit ?
Ou bien vous cherchez-vous profondément vous-mêmes, hors de toute forme de reconnaissance, déniant à quoi que ce soit et à quiconque la légitimité de vous dire qui vous êtes ?
Devenir soi-même c'est ne plus être dépendant du regard des autres, des félicitations, des distinctions sociales, etc.
Demandez-vous plutôt ce que la nature pense de vous.
Demandez-vous plutôt si la nature passe en vous.
Demandez-vous plutôt si vous vous sentez plus appartenir de la nature que des hiérarchies sociales et de pouvoir qui vous font miroiter la possibilité d'y occuper - un jour peut-être ! - la place de choix dont vous rêvez.
La nature vous traverse, vous traversez la nature, vous êtes une entité ou une créature temporelle au sein de la nature, qui travaille aussi en votre propre sein. Pas de séparation, pas de vraie distinction.
L'aïkido est un des millers d'outils possibles pour faire ressurgir en vous ce que votre corps-esprit sait profondément et fondamentalement depuis sa constitution.
Il n'y a rien à apprendre : il y a seulement à retrouver.
Vous pourriez le faire tout seul !
Qu'attendez-vous ? Il y a vous, et la nature en vous, et vous dans la nature, tout en un, uni. Vous, qui êtes à vous-mêmes votre seule expérience accessible, que personne ne peut connaître et vivre comme vous la connaissez et la vivez. Vous êtes à vous-mêmes votre propre expérience, unique. Laboratoire spirituel ambulant.
Quel est alors le sens de votre pratique ?
Que faites-vous réellement quand vous pratiquez l'aïkido ?
Où est-ce que ça vous mène ?
Où souhaitez vous (secrètement) que cela vous mène ?
Qu'en attendez-vous fondamentalement ?
En attendez-vous quelque chose ?
Voulez-vous vous défendre ? Contre qui ? Pourquoi ?
En attendez-vous une quelconque forme de reconnaissance ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui vous a si cruellement manqué pour que vous attendiez, ici, de la reconnaissance ?
Ne pouvez-vous donc pas vous reconnaître vous-même, tout seul, vous-même reconnaissant à vous-même le droit d'exister, d'être libre, de vous autoconstruire, sans avoir à demander : "Est-ce que c'est bien ?", "Est-ce que j'y suis, maintenant ?"
Vous voulez des bons points et des images ?
Un cadeau ?
Et au final un Ci-gît... ?
Bazardez le scolaire et les "il faut" et retrouvez la vie.
Autrement dit : retrouvez vous.
Piste :
Ecole d'aïkido Itsuo Tsuda : http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/
Y lire l'intéressant entretien avec Régis Soavi : http://www.ecole-itsuo-tsuda.org/FR/simple_comme_respirer.html
Cela fait quelques temps que ma vision du sport tend à changer. J'avais tendance à jeter le bébé avec l'eau du bain.
Si je garde du sport ce qui fait le sport, à savoir l'activité physique, mental et psychomotrice, de l'individu, et de l'individu dans un groupe, une équipe, et que j'en retire tout ce qui pour moi le corrompt, à savoir la dimension économique, publicitaire, médiatique, et l'esprit de compétition dans ce qu'il a d'égoïste et de primaire, je dois reconnaître que toutes les activités physiques, quelles qu'elles soient, présentent les mêmes caractéristiques de développement que la seule que je connaisse de l'intérieur : l'aïkido.
Ok, l'aïkido serait un "art martial", plus précisément un "budo".
Le mot "budo" ne contient pas l'idée d' "art". Mais si l'on parle d'« art martial », il faut comprendre « art »
dans le sens proche de « pratique artisanale manuelle » où l'individu
est en prise directe avec ce qu'il modèle. La dimension pragmatique domine sur la dimension esthétique. Quant à l'esthétique, elle serait plus proche de la notion de design, qui est une recherche de la "bonne forme", c'est-à-dire de la forme la plus économique et facilitante par rapport à une visée utilitaire, la forme dont le minimalisme atteint l'objectif pragmatique et rien que lui.
L'aïkido est plus justement une discipline martiale,
et la notion d'art ne doit pas cacher le coeur de la discipline : un travail sur
soi consistant à nettoyer le corps et l'esprit de ses scories pour atteindre un
état de simplicité, agissante quasiment "par elle-même". C'est cela
que j'appelle l'état d'humilité, ou de simplicité à soi-même et au
monde. (Pourrait-on alors parler de "design mental et émotionnel" ?)
La mort, et d'abord sa perspective vécue dans un état intérieur d'éveil simple et droit, est un outil d'usure de l'inessentiel et de retour à soi.
J'avais déjà employé cette métaphore informatique, mais elle est vraiment parlante pour moi :
· Le bios = ce qui définit les communications matérielles dans un ordinateur, au premier niveau de l'électronique. (d'où le terme "bios" = vie !) --> pour un être humain, son corps, sa physiologie, sa structure neurale de base à la naissance...
· le système d'exploitation = le socle logique de base, le terrain des échanges logiques où vont pouvoir s'implanter les logiciels. --> pour un être humain, son cortex cérébral, est plus précisément son néo-cortex, qui se développe par immersion dans une culture humaine donnée.
· les logiciels = les programmes de surface qui traitent telle ou telle tâche --> pour un être humain, ce sont les compétences acquises, en général de façon consciente : le calcul, la lecture, les raisonnements logiques, les règles de politesses, etc. Ce sont probablement des millions de logiciel ou de micro-programmes qui, a force d'être utilisés, deviennent automatique, moins conscients, parfois inconscients ; il est probable que certains d'entre-eux s'intègrent à des niveaux plus profond à force d'être utilisés régulièrement... Toutefois, les personnes atteintes d'Alzheimer sont la preuve que ces logiciels ont tendances à fondre doucement ; il ne reste alors que le système d'exploitation, la couche inférieure qui soutient la couche logicielle ; le système d'exploitation peut lui aussi commencer à fondre en partie, et il ne reste que le bios, le système végétatif (dans un coma, par exemple, bien qu'il faille parfois suppléer, dans l'état de coma, à des déficiences du bios, par exemple : respiration artificielle).
La perspective de sa propre mort est un outil puissant pour entrer en humilité et travailler à sa propre sincérité.
Que restera-t-il ?
La méditation et d'autres pratiques de "postures neutres" permettent aux logiciels mentaux de se reposer, au néo-cortex de se décanter ; on rejoint le niveau du système d'exploitation. En poursuivant l'expérience, si elle n'a pas été troublée, on peut parvenir à placer son attention dans le bios. A ce moment là, il y a attention sans conscience du Moi ni même du Soi ; la conscience n'est pas consciente d'elle-même. Dès l'instant où elle reprend conscience de ce qu'elle est en train de vivre, il y a dissociation entre un observant et un observé, et l'on retourne automatiquement à l'état de conscience néo-corticale.
(La philosophie dit qu'il n'y a de conscience que consciente d'elle-même. N'est-il pas ainsi problématique d'évoquer une conscience qui ne serait pas consciente d'elle-même ? Les traditions orientales ne s'en privent pas. C'est que le concept de "conscience" n'est pas strictement le même dans ces deux traditions de pensée ; la traduction conceptuelle pose problème... La psychologie cognitive clinique et/ou la neurologie semblent pouvoir accepter un concept comme celui de "conscience du corps"... A creuser, à vos recherches !)
L'humilité consiste à accepter que la conscience de tous les jours (donc notre Moi) soit dépendante de niveaux inférieurs, jusqu'au bios. On parle parfois d'intelligence ou de sagesse du corps ; il s'agit de faire confiance à son propre support matériel biologique : notre physiologie, nos cellules, nos neurones, notre être biologique.
Que la conscience néo-cortical (la pensée, le mental) choisisse de placer volontairement son attention uniquement au niveau du bios est un acte qui n'a rien d'anodin. C'est une sorte de délégation de pouvoir. Accepter de déléguer à sa biologie ce que nous considérons habituellement comme un apanage de l'intelligence est un acte d'humilité très profond.
La sincérité exprime l'idée d'unité de soi, en acte comme en paroles, et des actes avec les paroles. Les paroles et les pensées sont en accord avec la vie réellement menée, et inversement : il y a unité de croissance. Ce serait d'ailleurs l'étymologie la plus ancienne (sincerus dans le sens de propre, pur. Sincerus a pu, à une certaine époque, signifier « une seule pousse » (dans le sens : absence de mélange), en raison de sa formation de sin- (notion d'unité) et crescere (croître, dérivé de Cérès, divinité romaine des moissons).)
Unité de croissance : la pensée ne viendrait pas après les actes ou les actes après la vie, mais ils seraient co-constitutifs les uns des autres, d'une même substance ; les paroles elles-mêmes seraient des actes, tout comme les pensées, et non pas des suppléments destinés à manipuler la réalité objective pour lui donner des atours favorables et orienter ou contraindre le point de vue qu'on pourrait/devrait avoir sur elle.
Il semble logique que, par définition, la notion de sincérité s'étende à tous les paliers de la vie sociale d'un individu. Etre sincère, c'est ainsi, aussi, parvenir à avoir une fonction ou une position sociale en accord avec son ressenti interne.
(Il pourrait être philosophiquement plaisant d'épiloguer sur la sincérité du mendiant par rapport à celle du directeur de multinationale. Si leur essence pourra sans doute être posée comme philosophiquement identique, la caractérisation de leur rendu social effectif pourrait poser question... Pourquoi un mendiant nous paraît-il d'emblée plus capable de sincérité qu'un directeur de multinationale... ? Parce qu'il dispose de moins d'occasions de se montrer insincère? Parce qu'il a moins d'intérêt à l'insincérité ? Pas si sûr...)
La recherche de la sincérité à partir des seules pensées et du seul vouloir cortical est probablement voué à l'échec. Le quêteur risque de tourner en rond dans son bocal mental, sans jamais parvenir à enracine la sincérité dans le terreau profond de son être vivant (le bios).
C'est pour cela que les pratiques de méditations se sont développées.
Méditer, "méditare", c'est agir à partir du milieu, ou bien se laisser conduire vers le centre (de soi-même).
(Piste sur la méditation : http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9ditation)
Quelques évidence nous guident :
absence --> présence --> absence
Nous sommes un "moment", une bulle, qui n'existait pas l'instant d'avant, et qui disparaîtra l'instant d'après.
Comment pouvons-nous nous donner plus d'importance que
n'en a un phénomène transitoire...?
Pas de pensée ou d'intelligence rationnelle sans bios
Le corps vivant, la physiologie, sont la base de la pyramide au sommet de laquelle s'illumine une fine pointe de pensée réflexive. Le tort serait de prendre cette fine pointe pour toute la pyramide, ou même de croire qu'elle puisse en avoir la compréhension complète. En revanche, la fine pointe peut prendre conscience de la situation, et déléguer au bios toute compétence pour déployer l'énergie auto-constructrice dont il est capable (le corps se reconstruit sans que la pensée intervienne. Moins le néo-cortex impose sa dictature, plus le bios peut travailler puissamment).
Humilité, sincérité
Il n'est pas possible de progresser soi-même de façon équilibrée et heureuse sans travail de l'humilité, qui est la base de la sincérité à soi-même. L'humilité débute avec l'acceptation que la conscience rationnelle (la pensée, le mental) ne sont pas tout, mais qu'avant il y a le corps, avec ses capacités, son potentiel qui est une donnée biologique. Le corps peut être éveillé bien plus qu'il ne l'est quand le mental lui prend son énergie. Le mental, l'intelligence rationnelle, a tendance à dériver l'énergie du corps à son seul profit, et à affaiblir le corps. Cette "mauvaise gestion" est aussi la résultante d'un héritage culturel particulier (séparation de l' "âme" et du "corps"... Mépris du corps au bénéfice de l'âme ou de l'esprit, puis du mental... Rationalisme... Cartésianisme mal compris... Scientisme...) La pensée et surtout les pratiques orientales du corps, observées à présent par le regard des sciences cognitives et de la neurologie, rouvrent l'horizon de pratiques d'éveil et de conscience qui engagent l'être tout entier et pas l'une de ses sous-parties hégémoniques.
Ainsi, une sincérité qui voudrait s'originer dans la pensée serait vouée à l'échec. Il me semble qu'il faut partir du corps, de la respiration, de l'équilibre, des cellules, et pratiquer la méditation, le chi-kung, le taï-chi-chuan, le yoga... ou trouver ses propres formes de travail du corps (mais accepter de bénéficier d'un héritage multimillénaire au lieu de vouloir tout trouver par soi-même depuis le départ est aussi un acte d'humilité...)
Je considère que la sincérité est une propriété émergente du travail du corps ; il n'y a pas de sincérité vraie ex abstracto, tirée de l'abstrait d'une "décision de sincérité". La sincérité à soi-même pousse comme une plante d'un sol arrosé par l'attention dévolue au corps vivant.
Sur ce chemin, dont le vécu et les effets s'approcheront parfois d'une forme d'auto-analyse par le corps, l'imaginaire entrera en jeu, cette zone entre la conscience consciente d'elle-même et le subconscient, l'imaginal... et il faudra laisser agir. Et si l'on s'égare : redonner la main à l'intelligence du corps. Le moyen le plus couramment employé consiste à écouter sa respiration, à s'y poser comme s'y poserait un papillon, où à devenir votre respiration, rien qu'elle. Identifier votre conscience du moment à ce que vous ressentez comme la chose la plus vivante en vous. Partez de la sensation de la gravité terrestre ; goûtez la gravité, goûtez la respiration telles qu'elles se livrent. Abandonnez toute directive ; simplement écoutez votre corps, votre "être- présent".
Ensuite vous éprouverez une plus grande authenticité de vous-même à vous-même. C'est le début de la sincérité.
Quelles que soient les questions que vous vous posez ensuite, quels que soient les doutes, dites-vous en souriant que ce ne sont que des questions et des doutes, rien d'autre.
Le mille-pattes répondit : "Ce n'est pas que j'utilise mes nombreuses pattes en plaçant mon esprit dans chacun d'elle séparément. Lorsque le don du Ciel qui me permet de me déplacer se met en action, alors mes cent pattes bougent en conséquence..." (Extrait du Sermon du tengu, Issai Chozanshi)
Ne pratiquez pas un art martial : apprenez plutôt à danser.
Pourquoi êtes vous entrés dans la pratique d'un art martial (ou discipline martiale) ?
En ce qui me concerne, à 17 ans et demi, j'avais besoin de bouger. Je ne faisais pas de sport au lycée en raison d'un problème aux talons (calcification du calcanéum occasionant des douleurs). Arrivé en Terminale, je crois que le sport n'était plus obligatoire... J'ai rêvé plusieurs fois de suite que je pratiquais un art martial. Autrefois, j'avais pratiqué le judo, c'est peut-être pour cette raison que mon besoin d'activité physique a éveillé ces images. Ce à quoi je rêvais n'était pourtant pas du judo. J'ai regardé dans des livres. Je suis tombé sur une définition de l'aïkido. Je suis allé dans mon ancien dojo. L'enseignant était Clément Panza, 6ème dans de judo et d'aïkido (à Strasbourg). J'ai regardé le cours d'aïkido, qui m'a plu immédiatement. Je me suis inscrit. Je n'ai jamais arrêté. Les progrès et l'intensité de la pratique ont été variables suivant les époques, mais je n'ai jamais arrêté.
A 17 ans, j'avais tout simplement besoin de bouger, besoin d'activité physique. Qu'il n'y ait pas de compétition, et que l'aïkido ne SOIT PAS UN SPORT, me plaisait tout particulièrement. Ce n'est pas la dimension martiale qui m'a attiré, mais la dimension précisément "non martiale".
Et aujourd'hui ?
Que sommes-nous donc en train de faire ? Qu'est-ce que c'est que cet aïkido ? Celui du fondateur, O Sensei Morihei Ueshiba ? Celui de Maître Tamura ? Et pourquoi pas l'aïkido de Arikawa, Saïto, Yamaguchi... ?
Quel est le sens de tout ça ? A quoi ça rime ? Est-ce que c'est "efficace" ? La question a-t-elle encore un sens ?
Après plus de vingt ans de pratique, les techniques nous obscurcissent. Nous pratiquons encore nos techniques "sur" l'autre, et pas "avec" l'autre.
Quel est l'objectif, quand l'autre nous attaque ? Destructurer son attaque, sans être touché. Prendre son centre pour destructurer sa forme de corps. Rendre neutre, rééquilibrer la situation.
Si tout se passe et se joue avant la technique... qu'est-ce qui est censé se passer ? Que faut-il faire, ne pas faire, défaire ?
C'est l'obscurité.
Peut-être mieux vaut-il ne pas trop s'occuper de l'autre, faire un pas de côté, avec la même énergie que l'on danse.
Quand on danse, on est soit même, on ne s'oppose à rien. Le mouvement nous traverse, on se place où l'on veut, on ondule et l'on se meut à notre manière, sans contraintes.
Pistes dont je garde pour moi les développements :
- oscillations
- statique
- réflexe de compensation de l'équilibre
- exploitation de la compensation du système neurologique de stabilisation
- prendre l'axe et le centre, ne pas se laisser abuser par les membres
- accepter la contrainte en un point, mais bouger les 99% libres
- travailler au delà de l'assaillant (dans tout l'espace, comme un peintre de grands formats en 3D)
- créer les canaux où va s'écouler l'assaillant (son esprit-intention suit ces canaux)
- bouger pour soi, pour être bien à l'endroit où l'on est le mieux, et agir à partir de là
- rapport vivant avec l'autre : guider son intention (donc son système réflexe de compensations)
- tout organisme perturbé tend spontanément à retrouver son équilibre : perturber l'autre pour exploiter son temps de rééquilibrage
- en aucun cas l'action en aïkido n'est que mécanique : l'aïkido influence l'attention, la vigilence, le rééquilibrage...
A quoi servent les techniques au plus haut niveau ? A rien.
Les techniques permettent d'emballer l'assaillant, mais pas de le "capter".
Captation puis capture : canalisation de l'esprit (attention) puis emballage-cadeau grâce à la technique la plus appropriée (= la plus simple et économe à mettre en oeuvre à ce moment-là dans cette situation-là).
Un assaillant dont l'attention (le corps-esprit) vient d'être captée est déjà hors d'état d'agir. Et c'est la qu'intervient la technique : pour sceller l'événement.
Lorsque le mille-patte danse, il découvre tout naturellement son potentiel de mouvement. Son esprit en garde la mémoire profonde. Et les mouvements ainsi découverts et mémorisés peuvent rejaillir ensuite.
Explorer librement tout son potentiel de mouvements possibles dans la danse est probablement plus fructueux pour l'apprentissage que de suivre des formes fixes qui sont finalement des prisons pour le corps et l'esprit.
Lecture : Le sermon du tengu (sur les arts martiaux), Issai Chozanshi (présenté et traduit par William Scott Wilson), Budo Editions, 2008 (traduit de l'anglo américain, édition américaine, 2006). Ecrit au début du XVIIIème siècle par un samouraï ayant séjourné au coeur des forêts du Mont Kuramai, le Sermon du tengu est dévenu un classique. Ce livre n epropose aucun conseil en matière de techniques, de stratégies ou de manoeuvres militaires mais il cherche, au contraire, à guider l'adepte des arts martiaux sur un chemin intérieur, un chemin de non-dépendance, de spontanéité et de tranquillité d'esprit.
Voici quelques notes, suite à l'école des cadres d'aïkido suivie avec Jean-Pierre Lafont (6me dan), à Montier en Der (Haute-Marne, 52), une fois par mois, le vendredi soir, depuis septembre 2007. Au moment où j'écris ces notes, nous sommes en novembre 2008. Le contenu de ces notes n'engage que son auteur.
Une question : Comment trouver le sens de l'unité avec l'assaillant ?
L'aïkido met en oeuvre le principe d'unité ("aï") avec soi-même d'abord, puis avec l'autre (celui qui fait l'assaut ou qui en a l'intention).
Je me souviendrai toujours de cette première définition de l'aïkido, sur laquelle je suis tombée il y a vingt-six ans, dans une encyclopie grand public (le Quid !) : "Aïkido : art martial consistant à faire UN avec soi, puis avec l'autre." Le Quid n'avait pas plus de place pour définir l'aïkido. Le choix, en une courte phrase, de synthétiser ainsi le principe de l'aïkido m'apparaît encore aujourd'hui comme la preuve de l'éclair de sagacité qui a traversé l'esprit du rédacteur.
Sans unité avec soi-même, il est difficile de "s'unir" à l'autre. L'unité avec soi-même est donc un prérequis, travaillé notamment grâce aux aïkitaïso (dont les Ba Dua Jin du chi-kung chinois, repris par Maître Tamura). Cette unité physique et psychique (donc psychosomatique) peut être travaillée tous les jours, à chaque instant, dans tous les gestes et tous les actes de la vie quotidienne. Il s'agit de travailler à « être entier », pleinement là où nous sommes, pleinement dans ce que nous en sommes en train de faire (ou de dire), qu'il s'agisse d'un agir relationnel, d'un agir productif ou de toute forme de présence.
La méditation immobile (par exemple l'assise zen) ou en mouvement (par exemple le taï-chi-chuan) est un autre exercice aux effets puissants pour développer l'unité de soi-même. Cette unité dépasse le Moi : elle se construit dans le Soi ; elle construit le Soi (en zen, il est dit que l'assise zazen développe le « soi-même » dans le « soi-même » par le « soi-même »). Etre dans le "flow" (le flux, le courant d'énergie) comme disent les sportifs, c'est être dans un état phsychosomatique qui dépasse les ressources du Moi, lequel n'est qu'une configuration, un sous-ensemble des potentialités de l'être possible de l'individu.
Le Soi est un terme - également employé en psychanalyse et en "psychologie des profondeurs" (Jung) - permettant de désigner la totalité d'un individu dont toutes les potentialités sont activées. C'est un état de plénitude dynamique au sein duquel la conscience du Moi n'est pas abolie, mais où elle n'est plus totalitaire : l'ego (= le Moi) ne prend plus possession de l'ensemble des choses du monde comme il le fait d'habitude. La caractéristique foncière du Moi est de se vouloir propriétaire de tout et de projeter sur toute chose son envahissant désir de propriété exclusive (dont le moteur semble être la "volonté de puissance"). En étant soi-même, nous sommes pleinement... nous-mêmes ; un nous-mêmes qui dépasse le "moi-je" habituel, lequel n'est qu'un fragment de notre être, - un fragment que nous considérons habituellement, illusoirement, comme la totalité de de nous-même. Ce serait comme, pour la feuille, de se prendre pour l'arbre tout entier ! (Où se trouve la feuille, peut-être voir l'arbre tout entier, peut-elle en avoir une conscience globale suffisante pour se connaître elle-même, connaître sa place, sa nature et sa fonction réelles ?)
Le principe même de l'aïkido est la non-opposition, et celle-ci n'est réalisable que dans l'unité, avec soi-même, et avec l'autre. Le sens de l'unité avec l'assaillant est donc fondamental : par principe (philosophique ou moral), mais aussi par pratique, pour l'efficacité de l'agir, ou du non-agir (j'emploierai le mot « agir » même s'il s'agit de non-agir, ou, plus exactement de non-intervention. Wu wei en chinois, ou mu i en japonais, se traduit plus précisément par « non-intervention » que par « non-agir », terme ambigu...)
Deux éléments de réponse à travailler pour trouver l'unité avec l'assaillant :
1. Commencer par "capter" le centre de l'assaillant, avant toute technique proprement dite.
2. Apprendre à "tomber" en même temps que l'assaillant.
1. Capter le centre de l'autre
Les techniques d'aïkido proprement dites ne sont qu'un "cadeau" fait à l'assaillant, après que nous ayons capté son centre. Quel centre ? Non seulement son centre de gravité physique, mais aussi son centre de gravité psychique, qu'on peut aussi appeler son intention, ou son attention, telle qu'elle s'est invesite dans et par un assaut ; disons d'un mot valise : sont "attention-intention". Il pourra suffire d'appeler tout ceci son centre psychosomatique.
Comment parvenons-nous à capter l'attention de quelqu'un, dans la vie courante ? Par notre regard... Par notre attitude... Par notre manière de lui parler... En lui parlant de ce qui l'intéresse... etc. Mais l'attention de quelqu'un décroît rapidement si des stimulations nouvelles ne viennent pas frapper sa conscience.
En art martial, l'assaut est bref ; nous travaillons donc non pas sur une conscience-attention dans la durée, mais dans l'instant. Nous n'avons pas à "tenir de discours", même gestuel, à l'autre, pour le garder avec nous. Nous travaillons dans une sorte de "non durée" ou plus exactement d'"instantané". D'un côté, c'est plus facile, car nous n'avons qu'une seule et unique chose à faire pour capter son centre psychosomatique. Cette chose à faire prend la forme d'une présence dans l'espace au bon moment (ma-ai ou bonne distance et sen-no-sen ou timing) : une position adéquate de notre squelette suffit pour guider l'autre sur nos rails. Avant de faire un geste ou un déplacement sur l'autre, il s'agit de se placer dans l'espace pour l'autre. Il s'agit de le recevoir, de l'accueillir dans un espace que nous avons structuré pour lui. Nous pourrions appeler cela : une structure d'accueil.
Cette structure d'accueil est spatiale, temporelle, physique et psychique : psychosomatique et spatio-temporelle.
Nous avons en quelque sorte construit le "berceau" où nous allons l'accueillir.
Il n'est possible de le conduire dans cette structure d'accueil qu'en ayant capté son centre psychosomatique.
Et, afin de résorber l'énergie cinétique de son assaut, il convient de déstructurer la forme d'attaque de l'assaillant et de dissiper celle-ci en suivant la constante la plus stable de notre physique terrestre : la force de gravité et la "Terre", au sens où l'on parle de "prise de Terre". Le meilleur moyen de dissiper son énergie et de lui permettre de se dissiper dans la masse, la masse terrestre, par le chemin naturel de la force de gravité terrestre. C'est le plus court chemin, vers le bas, et le plus facile, car l'attraction du noyau terrestre est constamment là pour nous y aider. D'où l'idée de "tomber" avec l'assaillant, de tomber sur place, là où le déséquilibre de son centre est créé par la structure adéquate de notre structure d'accueil.
2. Tomber en même temps que l'autre
Cela semble consister à faire contrepoids, à l’entraîner vers le bas, en direction… du centre de la Terre, suivant en cela le « fil à plomb » de l’attraction terrestre. Pas de traction, pas de poussée, mais une pesée. Cette pesée démarre au moment où l'on a atteint le point de neutralité des forces, pas avant.
En commençant par capter/capturer le centre de l’assaillant, on crée un léger déséquilibre. Ce déséquilibre ne doit pas l’entraîner, mais placer l’action dans un espace neutre où les vecteurs peuvent être réorientés.
La sensation est celle de tomber en même temps que l'autre... mais sans tomber nous-mêmes.
Conclusion et ouverture
Si au moment d’agir martialement l’intellect n’a pas lieu d’intervenir, cela ne signifie pas que l’aikido ne puisse s’expliquer sur le plan de la physique des forces.
Les notions d’ "équilibre", de "déséquilibre", d’ "attraction terrestre", etc. sont des notions bien connues et bien expliquées en Physique. Que ce soit un humain qui fasse l’assaut ne doit pas faire oublier qu’il est d’abord un corps physique, donc une masse, avec son équilibre, et son énergie cinétique. Il convient donc de connaître la Physique des forces.
Ensuite il convient de connaître la manière dont le cerveau humain commande l’équilibre. En effet, en tant que tori (assailli), nous avons non seulement à prendre en compte le corps de l’autre en tant que masse physique, une masse anatomiquement articulée ; mais nous avons aussi à prendre en compte le système nerveux central (le cerveau) qui commande les équilibre de cette masse articulée. Travailler sur le corps de l’autre est une chose ; travailler sur son intention (donc son cerveau) en est une autre.
disons que la question est mal posée mais vous y répondez globalement même si l'article d'après répondait indirectement a cette... read more
on Libre de se mouvoir...